Malgré l’affaissement des prix ce vendredi 23 septembre 2022, c’est une nette hausse qui s’affiche sur la semaine pour les cours des céréales à la suite des nouvelles déclarations russes et de la poursuite de la guerre.

Les prix du blé repartent à la baisse aujourd’hui

Les prix du blé sur le marché à terme de Chicago se sont affaissés dans la nuit du jeudi 22 au vendredi 23 septembre à la suite des séances asiatiques. Cette tendance à la baisse affecte également ce vendredi le marché américain et Euronext (en recul de 5,5 €/t par rapport à sa clôture d’hier soir). Ce repli a été induit par des ventes relativement basses aux États-Unis cette semaine et par la remontée, par l’IGC (Conseil International des grains), de l’estimation de la récolte mondiale de blé. Cette révision vient confirmer les résultats records de la Russie : l’IGC place sa récolte à 93,4 millions de tonnes et les analystes locaux l’estiment encore plus haute, désormais vraiment très proche de 100 millions de tonnes.

Cette correction baissière résulte également de l’accélération des hausses de taux par les grandes banques centrales (la Fed a remonté ses taux directeurs de 75 points de base mercredi 21, pour la troisième fois). Ce qui souligne le risque d’un fort ralentissement de l’économie mondiale, dont l’effet domine par rapport aux problèmes d’approvisionnement des marchés pétroliers, malgré la récente escalade dans la guerre entre la Russie et l'Ukraine.

Cela a poussé le prix du pétrole encore à la baisse cette semaine, bien que ce dernier reste soutenu par la réduction des stocks (les réserves de pétrole aux États-Unis sont au plus bas depuis 1984). L’enlisement ces derniers jours des discussions concernant le renouvellement de l’accord iranien sur le nucléaire contribue aussi à limiter, mais pas à stopper, la baisse des prix du pétrole (l’Iran en contrepartie augmenterait alors les quantités de pétrole qu’il vend au marché mondial).

Nette hausse sur la semaine néanmoins

Les marchés affichent des gains importants sur la semaine (+12,5 €/t rendu Rouen à 346,5 €/t et +10 €/t sur le Matif à 343,75 €/t au milieu de l’après-midi) en raison de la remontée des tensions en mer Noire (mobilisation partielle de la population russe et organisation des référendums dans les territoires occupés). La dégradation des perspectives de récolte en Argentine a également contribué aussi à la hausse. Ces facteurs l’ont emporté en termes d’impact sur les prix par rapport à l’élément baissier que constitue la remontée des taux d’intérêt par la Fed et les risques de récession qui en découlent.

En Argentine par ailleurs, les Bourses des grains de Rosario et de Buenos Aires entérinent toutes les deux les gros dommages que les cultures de blé ont subi à cause du manque de pluie. La Bourse de Rosario a réduit à 16,5 millions de tonnes son estimation cette semaine, un niveau inférieur de plus de 5 millions de tonnes à celui de l’an dernier. Nous prévoyions déjà (dans notre dernier rapport Stratégie Grains) que l’Argentine baisserait considérablement ses exportations cette année (–2 millions de tonnes). Mais la chute pourrait être plus marquée si les dégâts venaient à s’aggraver. La situation en Argentine et les événements liés à la guerre en Ukraine sont donc des facteurs haussiers qui ont marqué la semaine.

Le contexte mondial du blé reste très confortable néanmoins en raison de la très forte récolte russe et des bonnes perspectives en Australie et de la remontée des productions des États-Unis et du Canada. L’inflation, les dégradations économiques et leur pression baissière sur le prix du pétrole limitent actuellement la demande (du secteur animal notamment), ce qui reste aussi un facteur baissier.

Fragilité à cause de la Russie

Toutefois, cette semaine illustre à quel point la situation est fragile : l’équilibre du marché du blé dépend des quantités que la Russie va être capable d’exporter. Les récents événements russes apportent un gros point d’interrogation sur cette question : le pays pourra-t-il assurer les 40 millions de tonnes que le marché mondial attend de sa part ? L’IGC n’y croit pas et a publié jeudi 22 un chiffre de 36,5 millions de tonnes seulement. Nous pensons qu’il est trop tôt pour descendre si bas au vu des disponibilités russes, mais la taille des exportations du pays va rester un élément crucial à suivre. La remontée récente des tensions en mer Noire apporte aussi un gros doute sur le renouvellement du fonctionnement du corridor sécurisé une fois sa première phase (fin de novembre) achevée.

Ces incertitudes vont sans doute redonner de la vivacité aux exportations de l’Union européenne à court terme. Cette semaine, l’Arabie a acheté 556 000 tonnes de blé et l’Europe du Nord est bien placée pour répondre à cette demande. Le Pakistan est aussi « au marché » avec un appel d’offres de 300 000 tonnes et l’Iran devrait bientôt annoncer un appel pour la même quantité. 

Montée des prix du maïs avec l’intensification du conflit en Ukraine

Le maïs Fob Bordeaux s’est renchéri de 11 €/t cette semaine, à 350,5 €/t (base juillet, récolte de 2022). Le prix du maïs Fob Rhin a également augmenté, de 7 €/t, à 327 €/t (base juillet, récolte 2022). La volatilité reste très forte d’un jour à l’autre. La hausse observée est notamment le résultat des récentes annonces du président russe visant à potentiellement remettre en cause le corridor maritime ukrainien et un possible envenimement du conflit.

Le marché fluctue donc principalement au gré de l’actualité géopolitique. En ce qui concerne plus intrinsèquement le marché du maïs, la récolte continue en France avec 26 % des surfaces récoltés au début de la semaine. Une récolte très basse est toujours attendue (moins de 10,5 millions de tonnes).

Aux États-Unis, la récolte n’a pas encore atteint les 10 % et les retours de rendements sont encore peu nombreux. Une forte baisse de récolte par rapport à l’an dernier est toujours attendue. En Amérique du Sud, les conditions de semis sont toujours aussi sèches en Argentine, mais un peu meilleures au Brésil pour la première récolte.

En Ukraine, les exportations continuent sur un bon rythme avec près de 550 000 tonnes de maïs déclarées exportées sur la semaine se terminant au 19 septembre. Ces exportations offrent des volumes non négligeables au marché, notamment européen qui en a bien besoin. Ainsi, les fondamentaux du marché du maïs restent tendus mais trouvent pour le moment des disponibilités du côté de l’Ukraine. Cette configuration est incertaine à moyen terme et maintient donc une forte nervosité sur le marché du maïs.

Nouvelle montée du prix de l’orge à cause des tensions géopolitiques

Après une nette remontée la semaine dernière, les prix de l’orge fourragère sur le marché français ont enregistré une baisse au début de la semaine avant de repartir en forte hausse ensuite. La semaine s'est terminée avec un prix encore en hausse par rapport à celui de vendredi 16. Le retrait des prix en début de semaine a été essentiellement dû au manque de compétitivité des origines françaises et par conséquent à la réduction de l’activité dans les ports français face à la compétitivité accrue des orges russes.

Les prix de l’orge sont pourtant repartis à la hausse mercredi 21 en dépassant la barre de 300 €/t rendu Rouen et en confirmant ainsi la tendance haussière enregistrée depuis la mi-août. Les déclarations du Kremlin ce même jour, concernant l’organisation des référendums sur l’est de l’Ukraine et l’annexion possible de ces territoires au sein de la Fédération de Russie, ne sont pas passées inaperçus.

La nouvelle montée des tensions dans la région de la mer Noire a eu une répercussion directe sur les marchés céréaliers dans l’ensemble qui ont réagi par une hausse quasi instantanée. Le prix rendu Rouen de l’orge fourragère au 23 septembre à l'échéance d'octobre-décembre a gagné 17 €/t par rapport à la semaine précédente, à 314,50 €/t (base juillet).

Les prix brassicoles ont également suivi le mouvement mais plus modérément car les malteurs sont déjà largement couverts. L’orge de brasserie de printemps a grimpé de 3 €/t à 350 €/t Fob Creil et celle d’hiver de 8 €/t à 327 €/t (base juillet).

À l’international, les tendances se sont inversées pour les orges australiennes et russes cette semaine. Les prix fourragers des origines australiennes ont évolué en forte baisse depuis vendredi dernier (–15 $/t, à 280 $/t Fob) tandis que ceux des origines russes ont remonté de 5 $/t à 285 $/t Fob au 23 septembre. Les acheteurs restent vigilants sur la capacité de la Russie à exporter ses disponibilités exceptionnelles cette année, compte tenu de l’isolement accru du pays sur la scène internationale et la nouvelle montée des tensions ces derniers jours.

En effet, après une montée à des niveaux historiquement très hauts en août (900 000 tonnes), les exportations d’orge en provenance de la Russie semblent se rétrécir significativement ce mois (270 000 tonnes seulement au 19 septembre). Les orges françaises profitent de cette situation, avec des chargements conséquents enregistrés dans les ports tricolores cette semaine vers la Chine (60 000 tonnes) et l’Inde (50 000 tonnes).

Accroissement des tensions entre Russie et Ukraine

Comme pour les céréales, l’instabilité de la situation en Ukraine, marquée par les récentes annonces du Kremlin, fait craindre un ralentissement, voire un arrêt des exportations de graines oléagineuses et d’huile au départ d’Ukraine.

Depuis le début de juillet, les exportations de colza ukrainien vers l’Union européenne sont très dynamiques, et dépassent même les niveaux de l’an dernier. Si ces capacités d’exportation se réduisaient nettement, via la fermeture du corridor maritime sécurisé, ou des dégâts sur les installations logistiques de transport, les triturateurs seraient forcés de se tourner vers d’autres fournisseurs. Cette éventualité a fait grimper les prix sur l’ensemble de la planète. En France, les cours du colza ont ainsi refranchi la barre des 600 €/t et se sont fixés à 602 €/t le 22 septembre (en hausse de 20 €/t sur la semaine).

Au Canada, la progression des cours est un peu moindre sur la semaine (+8 à 9 $/t sur le marché à terme de Vancouver). En effet, les récoltes ont nettement progressé ces derniers jours dans l’ouest des prairies, ce qui booste les disponibilités sur le rapproché. Des pluies dans le Manitoba ont toutefois limité les travaux des champs et ont potentiellement un peu endommagé les récoltes. Cela ne devrait toutefois pas remettre en cause le bon niveau de production attendu cette année au Canada.

En Australie, les conditions météorologiques continuent d’être favorables au canola. La récolte devrait démarrer d’ici à quelques semaines et s’annonce à un très bon niveau.

Le prix du tournesol toujours sous pression

Les récoltes progressent lentement en Ukraine, ralenties par un temps pluvieux. Néanmoins, l’afflux des offres pour du tournesol de la nouvelle récolte pèse sur les cours. Les prix ukrainiens ont ainsi reculé de 10 $/t cette semaine à la frontière de l’ouest de l’Ukraine, à 495 $/t, et cela malgré la très forte incertitude sur les volumes qui pourront sortir du pays sur les prochaines semaines et les mois à venir. En France, le tournesol oléique à Saint-Nazaire perd aussi du terrain : son prix est en recul de 30 €/t par rapport au 8 septembre (il n’était pas coté la semaine dernière).

Très petite hausse du soja

À Chicago, le contrat de novembre rebondit de 2 $/t sur le rapproché. Cette semaine, il a été soutenu dans un premier temps par la dégradation de l’état des cultures (avec le déclin d’un point du pourcentage des champs jugés dans un état bon à excellent, à 55 %, un niveau inférieur à l’an dernier). Toutefois, les offres argentines ont contrebalancé cet élément haussier.

En effet, les producteurs de soja argentins ont largement plébiscité l’utilisation du taux de change préférentiel pour le soja (à 200 pesos par dollar américain) et commercialisé plusieurs millions de tonnes ces trois dernières semaines. Cela a apporté une pression sur les cours américains, l’origine argentine étant très compétitive sur le marché mondial et s’étant attiré les faveurs des importateurs, notamment de la Chine.

Tourteaux de soja : les prix remontent

La demande en tourteau de soja s’est redressée ces derniers jours, notamment en Chine où la levée du confinement dans la ville de Chengdu redonne un peu d’optimisme pour la demande en viandes sur les prochains mois. Les stocks de tourteau de soja en Chine restent à des niveaux faibles, en raison d’une demande des éleveurs chinois qui se tient bien. Cela soutient les prix mondiaux des tourteaux. Les prix américains ont ainsi rebondi de 13 $/t en une semaine.

Par ailleurs, dans l’Union européenne, la trituration de soja souffre de marges industrielles peu rémunératrices. Elles sont largement en dessous de celles du colza et du tournesol, et sont même parfois inférieures au seuil de rentabilité des usines. La production de tourteau de soja européenne est ainsi plutôt faible, ce qui limite les volumes disponibles pour les fabricants d’aliments.

Les prix à Montoir-de-Bretagne ont ainsi grimpé de 33 €/t en une semaine, à 593 €/t. Ils ont par ailleurs été soutenus par les craintes de perturbation des exportations de tourteau de tournesol au départ d’Ukraine, qui se font majoritairement par voie maritime à l’heure actuelle.

Le prix du pois s’est quant à lui stabilisé cette semaine, à 382,5 €/t. La demande est relativement faible, ce qui a empêché une hausse de son prix, dans un contexte plutôt haussier pour les matières riches en protéines.

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