Le secteur de la valorisation du carbone agricole a connu de nombreuses créations d'entreprises ces derniers mois, chacune avec ses spécificités. Pour Regeneration, c'est une clé d'entrée pour financer la transition vers l'agriculture de régénération. La start-up, fondée en 2021, a annoncé le 2 août 2022 avoir signé un partenariat non exclusif mais privilégié avec Biosphères, entreprise créée par Sébastien Roumegous, qui propose notamment un accompagnement technique.

Pari sur la hausse de la valeur du carbone

« Nous avons construit un produit financier unique sur le marché, dont le rendement est indexé sur la valeur de la tonne de carbone, explique Thomas Rabant, cofondateur de la start-up créée en 2021. Grâce à cela, nous pouvons apporter une valeur significative aux agriculteurs désirant changer de modèle ». Le système est basé sur un parti pris : l'augmentation du prix du carbone sur le marché volontaire à l'avenir. Pour Thomas Rabant, aucun doute : « Il y a un consensus mondial sur cette question. »

Des certificats sont également vendus aux entreprises sur le marché du carbone volontaire, via une méthodologie développée en interne et utilisant la mesure aux champs. Elle est basée sur l'ESM (« equivalent soil mass »). La plupart des cadres de certification rencontrés en France se basent eux sur de la modélisation. L'objectif est de lever le frein des difficultés économiques des premières années de transition.

100 euros par hectare et par an

Concrètement, un agriculteur s'engage dans un programme durant 10 ans. Il perçoit 100 €/ha/an pendant les cinq premières années. Le revenu des années 6 à 10 sera variable. « Si l'agriculteur atteint les objectifs de stockage de carbone, il aura un complément de revenu dépendant du prix auquel nous vendrons nos certificats à ce moment-là, complète Thomas Rabant. Dans le cas contraire, on aura tout de même financé sa transition, et c'est notre objectif. »

L'accompagnement agronomique est obligatoire. Le modèle financier inclut une poche de valeur forfaitaire (50 €/ha pour 5 ans) qui permet aux agriculteurs de rémunérer pour tout ou parti son expert agronomique, expert qu'il est libre de choisir.

Cobénéfices

« Ce que nous certifions ne se limite pas à la question du carbone, loin de là », souligne-t-il. Selon lui, « les entreprises qui s'intéressent sérieusement à la question du réchauffement climatique se détournent des certifications qui ne seraient fondées que sur le carbone. » Il liste les six paramètres suivis :

  • L’amélioration du stock de carbone ;
  • L’enrichissement de la biodiversité ;
  • L’amélioration du stockage de l'eau et de sa qualité ;
  • L’amélioration de la sécurité alimentaire (diminution des contaminants dans le sol et les plantes) ;
  • L’amélioration de la résilience des exploitations (diminution de leur dépendance à la chimie, et augmentation de la résistance à des évènements climatiques violents) ;
  • L’augmentation de la valeur patrimoniale des sols.

Objectif à 5 ans, 1 million d'hectares à l'international

Pour l'heure, 5 000 hectares sont engagés dans la démarche. Les premières mesures sur le terrain commenceront cet automne. Regeneration vise 1 million d'hectares d'ici à 5 ans, en France dans un premier temps, puis dans plusieurs pays européens au moins. Et 6 millions d'hectares d'ici à 10 ans.

Autres produits financiers à venir

D'autres produits financiers « susceptibles d'apporter un surcroît de valeur financière à l'échelle de l'exploitation » sont prévus, notamment concernant le stockage de l'eau dans les sols.  Regeneration travaille aussi avec le secteur de l'assurance : « On sera capables de démontrer que la sinistralité des exploitations en agriculture régénératrice est plus faible, explique Thomas Rabant. On pourra donc construire des politiques d'assurance plus performantes pour les agriculteurs. »