Après la hausse de la semaine dernière, les prix des céréales et oléagineux baissent à la suite du pétrole, des craintes de dégradation économique et des bonnes récoltes au Canada.

Stabilisation à la baisse des prix du blé

Comme pour le maïs, les craintes de régression économique restent un des facteurs importants pour le marché du blé. Les perspectives de remontée des taux d’intérêt des deux côtés de l’Atlantique alimentent ces craintes (renforcées en Europe par les risques de manque de gaz cet hiver) ainsi que de nouvelles mesures de confinement en Chine.

 

Il en est de même des prévisions concernant la production de pétrole du groupe des pays de l’Opep + qui s’annonce en déficit par rapport à la demande en 2023. Le comité technique de l’Opep + estime en effet que la plupart de ses membres ne pourront pas produire, pour le reste de l’année 2022 et au-delà, plus que ce qu’ils ont produit en juillet 2022, à cause du ralentissement des investissements.

 

En outre, le recul hier des espoirs d’une prochaine remise en route de l’accord sur le nucléaire iranien rajoute aussi de l’incertitude à l’offre mondiale de pétrole. Les inquiétudes économiques sont venues stopper la hausse des prix du maïs après la poussée de fièvre de la semaine dernière qui reflétait la dégradation de la récolte américaine et peser aussi sur les prix du blé.

 

Le marché mondial du blé est pourtant resté dynamique avec des achats de l’Égypte et de l’Algérie cette semaine (120 et 105 000 tonnes respectivement de blé russe) mais aussi de la Corée (63 000 tonnes de blé australien). En Asie, des discussions concernant des achats de blé russe et ukrainien sont en cours.

Lente montée de la concurrence pour le blé

Cette activité soutenue souligne le fait que les origines de la mer Noire deviennent de plus en plus attractives : le blé russe à 11,5 % de protéine vaut désormais plus de 40 $/t de moins que le blé français en position Fob.

 

À destination de l’Algérie, les blés russes ont été offerts entre 10 et 15 $/t en dessous des blés européens. Les ventes et les chargements russes sont restés faibles en juillet-août. Ils semblent toutefois s’accélérer légèrement au début de septembre.

 

En juillet, les chargements russes sont estimés à 2,1 millions de tonnes suivis par des sorties proches de 3,5 millions de tonnes en août. Cela représente un total inférieur de presque 2 millions de tonnes à ce qui avait été exporté par la Russie en juillet-août 2021.

 

Cela a laissé une large place aux blés européens sur la scène internationale, scène qui pourrait devenir plus concurrentielle désormais, même si les perspectives d’exportations russes restent incertaines à cause des sanctions bancaires et de la prudence de plusieurs opérateurs à travailler avec la Russie.

 

Du côté ukrainien, les chargements via le corridor sécurisé sur la mer Noire montent en puissance, même si le maïs reste la céréale principale en bénéficiant. Pour l’ensemble du mois d’août, les chargements de blé ukrainien via la mer Noire atteignent à peine 300 000 tonnes.

 

Au Canada, l’office StatCan vient de publier une estimation de la récolte de blé à 34,6 millions de tonnes. Ce niveau est en ligne avec ce qui était prévu et vient confirmer le net rebond après les résultats catastrophiques de l’an passé.

 

En Australie, les perspectives demeurent très bonnes grâce à des apports hydriques suffisants. On note toutefois une inquiétude montante concernant les fortes pluies actuelles qui pourraient venir entraver les passages dans les champs.

 

En Argentine, des pluies sont prévues au cours de la première quinzaine de septembre, ce qui est favorable pour les plantes même s’il sera difficile de compenser les dégâts dus à la sécheresse en début de cycle.

 

Dans ce contexte de bonnes nouvelles concernant la production mondiale de blé et de craintes de dégradation de l’activité économique, les prix du blé ont stoppé la remontée observée la semaine dernière.

 

Rendu Rouen, ils affichent une petite baisse de 2 €/t sur le rapproché, à 325 €/t. Sur Euronext, l’échéance de septembre au milieu de l’après-midi avait perdu presque 7 €/t par rapport à sa clôture de vendredi dernier mais l’échéance de décembre, quant à elle, est restée stable, à 319,75 €/t.

Marché hésitant pour le maïs

Sur le marché physique, le maïs Fob Rhin a gagné 3 €/t sur la semaine à 321 €/t tandis que le Fob Bordeaux a perdu 3,5 €/t, à 333 €/t. Le maïs consolide ainsi plus ou moins la hausse des dernières semaines due à la forte baisse de récolte attendue non seulement en France mais aussi en Europe et aux États-Unis.

 

En France, la récolte de maïs grains a démarré cette semaine, de manière exceptionnellement précoce. Plusieurs estimations de récolte avoisinent maintenant les 10 à 11 millions de tonnes, ce qui serait le plus bas niveau depuis 1990.

 

Le prix du maïs américain marque quant à lui une hausse depuis une semaine (+10 $/t), alimenté par de nouvelles annonces de baisse de production pour la récolte à venir. De nombreuses estimations placent maintenant la récolte américaine sous les 360 millions de tonnes.

 

Malgré ces déboires concernant les récoltes, le marché est hésitant et le prix du maïs américain marque de nouveau le pas. Les craintes de fort ralentissement de la croissance économique et de la moindre demande en maïs qui en découlerait, continuent en effet de peser en toile de fond sur les marchés des matières premières, notamment aux États-Unis.

 

Aussi, les exportations ukrainiennes de maïs par le corridor maritime mis en place depuis le 22 juillet dernier sont en progression régulière, bien qu’inférieures à avant le conflit. Ce flux offre des disponibilités au marché mondial. Ce sont près de 1 million de tonnes de maïs ukrainiens qui ont été exportées via le corridor depuis un mois.

 

Toutes matières agricoles confondues, l’Ukraine a retrouvé maintenant environ 50 % de ses capacités d’exportations par rapport à la période précédant le conflit. Ce chiffre pourrait encore augmenter dans les semaines à venir.

Baisse des prix de l’orge en fin de semaine

Après un net rebond la semaine dernière, les prix de l’orge fourragère ont encore grimpé en début de semaine avant de diminuer ensuite, la semaine se terminant finalement avec un prix encore en hausse (mais hausse plus modérée que celle de vendredi dernier).

 

Le prix rendu Rouen du 2 septembre 2022 échéance octobre-décembre a gagné 4,5 €/t par rapport à la semaine précédente, à 289 €/t (base juillet). Les orges françaises profitent de la faiblesse de l’euro, en train de repasser sous le dollar actuellement.

 

À l’international, les orges tricolores continuent à perdre en compétitivité face aux orges australiennes cotées 300 $/t Fob (-5 $/t) et surtout face aux orges russes dont le prix a encore continué à descendre cette semaine, à 278 $/t Fob (-5 €/t) au 2 septembre, un niveau inférieur de plus de 15 $/t à celui des orges françaises (294 $/t).

 

Avec l’avancée des moissons en Russie, les marchés sont en attente de l’accélération des flux en provenance de ce pays dans les prochaines semaines sous la pression des disponibilités exportables russes exceptionnelles cette année (la récolte a été encore revue en hausse, à 22 millions de tonnes).

 

Malgré les tensions en mer Noire, les exportations en provenance de l’Ukraine s’accélèrent elles aussi via le corridor sécurisé, même si l’orge semble être très peu concernée pour l’instant.

 

Du côté de la demande, on note cette semaine des chargements en orge vers la Tunisie (27 500 tonnes) et la Jordanie (20 000 tonnes). La Jordanie reste très présente sur le marché mondial avec l’achat de 60 000 tonnes de tonnes d’orge le 31 août, suivi par un nouvel appel d’offres le jour même pour 120 000 tonnes.

 

Les prix brassicoles d’hiver ont suivi la petite hausse des orges fourragères (+2 €/t à 317 €/t Fob Creil) alors que les prix des orges de printemps ont baissé au contraire de 3 €/t à 347 €/t Fob Creil.

 

La récolte est en cours au Canada et StatCan a publié une estimation située à 9,4 millions de tonnes mais jugée un peu basse par plusieurs opérateurs. Elle est de toute façon beaucoup plus haute que celle de l’an passé et cela encouragera le Canada à exporter plus d’orge de brasserie que l’an dernier.

Nouvelle baisse des cours du colza

Cette semaine, les cours du colza en France ont régressé de près de 20 €/t — à 603 €/t rendu Rouen — principalement sous la pression de la récolte record attendue au niveau mondial.

 

En effet, tandis que la récolte européenne prend fin et se révèle très satisfaisante, les récoltes australiennes et canadiennes s’annoncent également prometteuses. La publication de StatCan cette semaine prévoit une récolte de canola de 19,5 millions de tonnes au Canada, soit une production supérieure de près de 6 millions de tonnes à celle de l’an passé. Les cours du canola ont ainsi diminué de près de 30 $/t sur la semaine.

 

La récolte ukrainienne s’avère également être l’une des plus hautes historiquement et fait d’autant plus pression sur les cours du colza en Europe que les exportations ukrainiennes sont très dynamiques depuis le début de l’été (principalement par camions et rail à destination de l’Union européenne).

 

Enfin, les cours du colza en Europe sont également affectés par la baisse des prix du pétrole, qui chutent de presque 6 % cette semaine, toujours affectés par les craintes de récession économique et par les restrictions de déplacement de la politique zéro-Covid en Chine.

Chute du soja

Les cours mondiaux du soja ont chuté cette semaine. Le repli a notamment été provoqué par la baisse des prix des autres matières premières (comme le maïs ou le blé) et le pétrole.

 

Le soja a également réagi à la baisse aux annonces du gouvernement argentin qui met en place des mesures dans le but de stimuler les ventes de soja, dans un contexte de rétention de la part des producteurs en raison de la forte dévaluation du peso. Le gouvernement a ainsi mis en place pour le mois de septembre un taux de change préférentiel pour les ventes de soja (200 pesos pour un dollar US, contre 139 actuellement).

 

Si les efforts du gouvernement argentin se montrent efficaces, l’offre du complexe oléagineux devrait s’étoffer sur le marché mondial, car cela permettrait de libérer une partie des stocks de soja pléthoriques en Argentine.

 

Par ailleurs, l’amélioration des conditions climatiques dans le Midwest avec les quelques pluies attendues dans les dix prochains jours devrait profiter au développement des cultures de soja qui arrivent au stade de remplissage des gousses. De quoi également contribuer à faire pression sur les prix internationaux.

 

Ainsi, cette semaine à Chicago, le prix de la fève a perdu environ 30 $/t sur le rapproché et 14 $/t sur l’éloigné. Le Fob brésilien a accusé un repli de 25 $/t aussi bien sur le rapproché que l’éloigné.

Le repli de la fève pèse sur le tourteau de soja

Les cours mondiaux du tourteau de soja se sont repliés cette semaine. Sur le marché à terme de Chicago, le prix du tourteau de soja a chuté de 78 $/t depuis jeudi dernier pour s’afficher à 498 $/t sur le rapproché, pâtissant de la récente baisse des prix internationaux de la fève et des autres matières premières.

 

Par ailleurs, le prix argentin a reculé d’environ 20 $/t sur le rapproché et 16 $/t sur l’éloigné. Les mesures gouvernementales pour inciter les opérateurs à vendre leurs productions pourraient en effet permettre plus de disponibilités pour les triturateurs argentins et donc plus de production de tourteau de soja. Cela boosterait l’offre en tourteau sur le marché mondial, l’Argentine étant le premier exportateur mondial de tourteau de soja.

 

Sur le marché français, le pois a suivi les tourteaux de soja à la baisse ; départ Marne, il a cédé 12,5 €/t sur la semaine (à 375 €/t).

Stabilité en tournesol

Le marché du tournesol était relativement stable la semaine dernière. Les opérateurs surveillent les résultats des premières coupes de tournesol en Europe.

 

Le temps sec et chaud de l’été devrait fortement affecter les rendements et la récolte européenne sera sans doute largement inférieure aux prévisions initiales en France comme dans l’Union européenne. Cette situation a empêché les cours du tournesol de reculer alors que le contexte était baissier pour le reste du complexe oléagineux ces derniers jours.

 

À Saint-Nazaire, le prix de la graine française s’est stabilisé à 630 €/t pour la qualité standard et à 745 €/t pour le tournesol oléique.

 

En Ukraine, l’intérêt des acheteurs se tourne davantage vers la nouvelle récolte de colza. Ainsi, les ventes de tournesol ont un peu ralenti. Les conditions de cultures sont par ailleurs plutôt bonnes pour le tournesol en Ukraine. Le prix de la graine ukrainienne rendu frontières de l’Ouest a ainsi diminué de 10 $/t sur la semaine, à 565 $/t.

À suivre : situation économique mondiale, montée en puissance des exportations de céréales russes, récolte de maïs dans l’Union européenne et aux États-Unis, ventes de soja de l’Argentine, prix du pétrole, conditions culturales en Amérique du Nord (soja, canola), début des semis au Brésil (soja), situation économique et sanitaire mondiale, exportations maritimes de l’Ukraine