Tiré par l’augmentation des prix de l’énergie, le cours du colza s’est envolé ces dernières semaines, jusqu’à frôler les 700 euros/tonne fin octobre en rendu Rouen. « Cela entraîne la hausse des prix des huiles, qui pousse l’industrie à rester active sur le plan de la trituration, donc à acheter de la graine, dans un contexte où les récoltes sont faibles en Europe et au Canada », résume Clément Gautier, analyste à Horizon Soft Commodities (HSC).

 

« Le bilan européen est tendu, observe Lucile Talleu, de la Coopération agricole. En France, la production est marquée à la baisse ces dernières années. » À près de 17 millions de tonnes (Mt), la production européenne ne couvrira pas l’ensemble de ses besoins pour la trituration, attendus entre 22 et 23 millions de tonnes. La différence devra être importée.

 

« Le Canada est l’un des principaux fournisseurs, et leur mauvaise récolte réduit mécaniquement les disponibilités pour le marché européen et étranger, poursuit l’expert. L’Ukraine, le Canada et l’Australie sont les trois exportateurs majeurs de colza. Ils assurent un équilibre du bilan déjà fragile, et qui n’est plus d’actualité avec les pertes au Canada. Le marché est déstabilisé. »

 

<?EM-dummyText [photo-article-caption]?>

Bonne récolte australienne attendue

Il faudra attendre le début de l’année 2022 pour voir arriver les flux australiens sur le marché mondial, ce qui devrait constituer un facteur de détente. Mais la concurrence restera très forte entre les acheteurs pour capter la graine. « Rien ne garantit aux Européens d’obtenir un gros volume contractualisé avec l’Australie », indique Clément Gautier.

 

« Le Canada a produit près de 7 millions de tonnes de moins que l’an passé, précise Lucile Talleu. La bonne récolte attendue en Australie, à près de 5 Mt selon les dernières données du Conseil international des céréales – contre 4,5 millions de tonnes en 2020 et 2,3 millions de tonnes en 2019 –, ne compensera pas la baisse du bilan canadien. »

Les cours resteront hauts à court terme

Et la spécialiste d’ajouter : « Au regard des bilans mondiaux et européens, il est vraisemblable que le colza reste sur des niveaux élevés sur cette campagne. »

 

« Le ralentissement de l’inflation sera source de baisse pour le marché du colza. À court terme, avec les cours de l’énergie, la solidité des marchés des huiles et le manque de graines, on peut s’attendre à ce que les prix de l’oléagineux restent élevés. Mais il est difficile de prédire si les prix de la fin de campagne atteindront les plus hauts des contrats rapprochés », explique Clément Gautier.