Les dégâts liés au gel de début avril sont en cours de quantification. En grandes cultures, les colzas, bien implantés, ne devraient être touchés qu’à la marge et les dernières pluies devraient permettre de redémarrer rapidement la floraison. Du côté des betteraves, celles semées vers le 20 mars 2022 semblent impactées par du gel mécanique ou physiologique sur des plantes émergentes.

 

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Des sinistres d’affilée

Des resemis sont anticipés par l’Institut technique de la betterave (ITB) en Alsace, Champagne et Centre-Val de Loire. Mais ils seront, à ce stade, nettement moins importants qu’en 2021, quelques centaines d’hectares au total. Quant aux céréales, elles pourraient avoir subi des dégâts dans le Berry et en Poitou-Charentes, notamment les orges précoces. En blé dur, quelques dommages sont à craindre en Occitanie. Mais le gel des maîtres brins pourrait être compensé par la capacité des talles à monter à épi.

 

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En arboriculture, les estimations des pertes réelles doivent être connues en fin de semaine. D’ores et déjà, les dégâts s’annoncent particulièrement sévères selon les zones.

 

Ainsi, chez Serge Bonfils à Buis-les-Baronnies (Drôme), le gel a détruit 70 % de la récolte d’abricots qui se trouvaient en fin de floraison. « Il n’y aura pas de reprise, assure l’arboriculteur dont le verger de 14 ha produit différentes variétés. Les jeunes fruits sont vert sombre et le noyau translucide. »

Serge Bonfils (Drôme) : « Il n’y aura pas de reprise de végétation. » © DR
Serge Bonfils (Drôme) : « Il n’y aura pas de reprise de végétation. » © DR

 

C’est la troisième année consécutive qu’il subit des dégâts importants à cause du gel de printemps. Il a perdu 100 % de sa production, dont le potentiel s’élève à 150 tonnes par an, en 2021, et 30 % en 2020. « Jusqu’à l’an passé, nous étions assurés, enchaîne-t-il. Mais pas cette année. Après plusieurs sinistres d’affilée, la référence pour calculer le montant de l’assurance récolte était devenue trop basse. » La production d’abricots représente 80 % de son chiffre d’affaires aux côtés d’un verger d’oliviers de 2,5 ha et du miel. « Au vu de ces épisodes récurrents, nous avons testé l’aspersion sur frondaison sur 2,5 ha en 2022, indique Serge Bonfils. Cela a fonctionné sur les variétés bergarouge et bergeron. Nous avons équipé notre installation d’irrigation d’arroseurs spécifiques à la lutte antigel. Nous allons l’étendre à 5 ou 6 ha. »

 

Installé depuis 1982, Serge Bonfils va passer la main à une jeune agricultrice qui s’installe dans le village avec sa famille : « C’est ce qui m’a poussé à investir dans la protection du verger. »

 

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Couverture nuageuse

En Nouvelle-Aquitaine, les 180 producteurs de pommes AOP du Limousin s’en sortent sans trop de dommages pour leurs 2 300 ha de vergers durement impactés par les gelées d’avril en 2021. « Nous avons enregistré - 4 °C dans la nuit du samedi 2 au dimanche 3 avril 2022. J’ai perdu 50 % de fleurs qui ont gelé sur 8 ha, témoigne Jérôme Le Siollec, à la tête de 30 ha de vergers à Juillac (Corrèze). Nous avons eu la chance d’avoir une couverture nuageuse qui a limité la forte baisse de température annoncée durant la nuit de dimanche à lundi. L’an prochain, je serai équipé d’une protection par aspersion sur 14 ha. »

Une demi-récolte

 

En Centre-Val de Loire, dans le Loiret, pour la deuxième année consécutive, le gel (- 5 °C le 4 avril) a impacté les vergers. Selon les premières estimations de la chambre d’Agriculture, les cerises et les poires semblent les plus touchées avec des dégâts proches de 70 %.

En pomme, on peut espérer une demi-récolte sur certaines variétés. « Heureusement, la végétation était moins développée que l’année dernière et les protections antigel par aspersion sur frondaison, environ 200 ha sur 400 ha de verger du Loiret, ont bien fonctionné », nuance Betty Fidalgo, conseillère arboriculture à la chambre d’agriculture.

 

Thierry Lanson, arboriculteur sur 70 ha à Saint-Hilaire-Saint-Mesmin (Loiret), essaye de prendre du recul après de nouvelles pertes. « Deux ans de gel, coup sur coup, c’est difficile moralement. Pour l’instant, je ne m’en sors pas trop mal. Je ne serai rassuré que début mai, quand les gelées et la floraison seront passées. » Ses variétés précoces de cerise comme samba ou sweetheart sont complètement gelées, soit 40 % de sa production. En revanche, les poires (40 ha) et les pommes (15 ha) sont sauvées grâce aux protections antigel. « J’investis dans l’aspersion tous les ans depuis 1991, 100 % de mes poiriers sont protégés. Il manque un forage pour couvrir le verger, mais nous n’avons plus d’accès à l’eau », regrette-t-il.

Thierry Lanson (Loiret) : « L’aspersion est une protection efficace. » © Aude Richard
Thierry Lanson (Loiret) : « L’aspersion est une protection efficace. » © Aude Richard

 

Six à faire brûler des ballots de paille

À Bruniquel, dans le Tarn-et-Garonne, les 17 ha de prunes d’ente d’Yves Delamarre ont presque entièrement été détruits par le gel pour la deuxième année consécutive. « Dans la nuit du samedi 2 au dimanche 3 avril 2022, nous étions six à faire brûler de vieux ballots de paille, un rang sur deux, pour réchauffer le verger, mais la température est descendue trop bas, entre - 4 et - 5 °C, témoigne l’arboriculteur. Le dimanche matin, c’était fichu. J’ai rentré la paille prévue pour la nuit suivante. » Habituellement, dans le coteau où il cultive ses 17 ha de pruniers d’ente, « ça ne gèle pas ». Pourtant, en 2021, il avait perdu 90 % de sa production, après trois nuits très froides. Sa récolte avait été de 15 t sur les 130 t habituellement cueillies et son chiffre d’affaires de 30 000 €, contre 200 000 €.

 

Cette année, la partie haute des coteaux, généralement protégée, n’a pas échappé au gel. Même la cime des arbres est touchée. Et la technique de lutte passive qui consiste à broyer l’herbe au pied des pruniers, pour qu’elle engrange la chaleur et la relâche la nuit, n’y a rien fait. Tous les fruits ont disparu. « La seule protection efficace, c’est l’aspersion d’eau, note le pruniculteur. Mais il faut un système d’irrigation à gros débit pour avoir assez de pression sur toute la surface du verger en même temps. À 62 ans, je ne ferai pas l’investissement. C’est un conseil pour les jeunes. »

 

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