« J’ai commencé à arroser les blés fin avril, se souvient François Pétorin, céréalier à Saint-Saturnin-du-Bois, aux confins de la Charente-Maritime et des Deux-Sèvres. Quelques jours après, le 4 mai, l’arrêté préfectoral est tombé : interdiction d’irriguer, sauf les cultures dérogatoires, ensilage, maraîchage et production de semence. »

 

Depuis, François Pétorin n’a arrosé que ses parcelles de semences, luzerne, betterave et maïs. Et pour ces dernières, un arrêté a été pris le 10 août : toute irrigation est désormais interdite, sauf pour ceux qui disposent d’une réserve de substitution. Il aurait dû en faire partie, mais les recours des opposants contre ces projets ont repoussé la construction de celle qu’il partagera avec trois voisins au mieux au printemps 2023.

Le tournesol fait grise mine

Blé tendre et blé dur n’ont donc reçu que les 25 mm du tour d’eau d’avril et ont donné des rendements respectifs de 34 et 25 q/ha contre 60 habituellement. Quant au tournesol, il fait grise mine. Il a été récolté le 11 août, trois semaines plus tôt que les autres années, avec la moitié du rendement normal.

 

Les semences de betterave et luzerne ont obtenu les résultats escomptés. En revanche, pour le maïs semences, c’est la grande incertitude. Certes, jusqu’au 10 août, François Pétorin a pu les arroser, mais « il va manquer un tour d’eau pour le remplissage des grains. » À cela s’ajoute l’incidence des fortes chaleurs sur la pollinisation. « Au-delà de 35°C, le pollen est stérile. On a fait la castration la semaine du 14 juillet. Tous les après-midi, il faisait 37-38°. »

Eté le plus sec et le plus chaud

Cet été 2022 est le plus sec et le plus chaud que François Pétorin ait connu depuis son installation en 2005. Au 9 août, les précipitations enregistrées étaient de 220 mm quand la moyenne est de 800 mm. Chaque mois, elles ont à peine atteint la moitié de leur volume habituel, avec même 3 mm en mai au lieu de 67, et 7 mm en juillet au lieu de 45.

 

> À lire aussi : Météo, une sécheresse inédite en juillet 2022 (09/08/2022)

Assurance récolte

Seul – petit – réconfort, François Pétorin sera indemnisé par son assurance récolte. Mais un peu seulement. Pour les blés, le calcul est fait sur une base de 48 q/ha, soit 14 q/ha indemnisés (il a obtenu seulement 34 q/ha de rendement), et de 190 €/t, moyenne des prix des cinq dernières années, et non 310 €/t selon les cours actuels. « Pour 80 ha de blé, il manquera 80 000 €. »