« La dynamique d’installation en maraîchage biologique est importante, confirme Sébastien Bruand, secrétaire national légumes de la Fnab (Fédération nationale d’agriculture biologique). Ceux qui s’installent ont un profil qu’on ne connaissait pas avant : ils ont eu une vie avant, ont été cadre, fait des études supérieures, viennent des villes. » Pour lui qui possède aussi une casquette de maraîcher, il ne fait aucun doute que « la demande est croissante ».

Explosion de la vente directe

C’est aussi le constat de Véronique Bourgeois, installée depuis 2012 en maraîchage diversifié avec son mari, sur l’exploitation de ses beaux-parents, dans le Lot-et-Garonne. Lorsque le couple convertit la ferme de 5 hectares à l’agriculture biologique, la vente directe, le seul débouché des produits, « a fait un boom, explique-t-elle. Nous avons observé une nouvelle clientèle très forte, et d’autant plus l’année dernière. »

 

Le marché progresse, la demande est présente, mais les Bourgeois ont choisi de ne pas développer l’exploitation pour rester en rythme de croisière. « Ce n’est pas notre état d’esprit, nous ne voulons pas rentrer dans une autre logique d’entreprise. Nous souhaitons maintenir nos niveaux de prix, et surtout garder du temps pour nous. »

2020, une année charnière ?

La filière surveille de près le marché. « Jusqu’en 2019, les données indiquent une progression. 2020 a été une année particulière, et tend à montrer des niveaux de cours plus bas pour plusieurs produits bio, rapporte Isabelle Jusserand, du service économie à Interfel. Nous n’avons pas le recul aujourd’hui pour savoir si cela va s’installer durablement ou si cela est lié à des facteurs conjoncturels. Comme du lait sur le feu, il faudra suivre les évolutions. »

 

L’entrée en vigueur de la loi Egalim, à partir de janvier 2022, qui prévoit 20 % de produits biologiques en restauration collective devrait permettre aux filières de se développer. « On constate aussi une montée en puissance des démarches telles que HVE ou Zéro résidu de pesticides, qui, avec le bio, répondent à des attentes sociétales et environnementales. Nous cherchons à étudier finement la bonne adéquation de ces différentes offres avec la demande », ajoute Isabelle Jusserand.

Anticiper les changements

Fabien Fremin, maraîcher dans les Yvelines, a aussi senti le vent tourner dès 2015, avec la vague de conversions. « La situation est assez paradoxale, explique-t-il. Sur la vente directe, on sent un attrait important mais sur la vente en gros, je perçois un changement d’orientation avec une pression plus forte pour rester compétitif. »

 

Cette évolution l’a poussé à investir sur la vente directe : en plus des marchés, une boutique à la ferme voit le jour fin 2017. Alors que la coopérative représentait la moitié de ses ventes, cette part est aujourd’hui réduite à 30 %. « Les deux débouchés restent complémentaires : ils me permettent de gérer les stocks et d’éviter de jeter, car en vente directe, il est difficile de faire coller l’offre à la demande, précise-t-il. Le prix est plus faible en coopérative, mais je peux faire du volume et les marges sont similaires par rapport à la vente directe. »