Entreprise associative qui travaille sur des sujets de transition énergétique et d’agroécologie, Solagro estime que le débat sur le stockage de carbone a mûri et est « revenu à plus de raison et de modestie ». Sylvain Doublet, responsable de l’activité de bioressources de l’association, a fait un point sur le stockage dans les sols agricoles à l’occasion de débats organisés dans le cadre de l’université Afterres 2050 les 2, 3 et 4 février 2021.

Les limites du programme 4 pour 1 000

« L’idée du programme 4 pour 1 000, c’est de dire que si on augmentait annuellement de 0,4 % la quantité de carbone contenu dans tous les sols de la planète, on compenserait les émissions anthropiques », rappelle-t-il.

 

« C’est une bonne accroche, facile à comprendre, mais elle a évidemment ses limites, tempère-t-il. Il faudrait être capable d’intervenir sur tous les sols de la planète, et sur tout le carbone des sols, y compris les horizons profonds ». Des conditions très théoriques et impossibles à réaliser.

 

Sylvain Doublet est revenu sur une étude réalisée par l’Inrae (1) et l’Ademe (2) en 2019. « Elle met en évidence qu’en moyenne, les systèmes agricoles français de grande culture perdent actuellement environ 150 kg de C/ha/an. » Les raisons sont diverses : les rotations, les pédoclimats, la faible présence de couverts végétaux…

 

L’institut de recherche conclut au stockage maximal additionnel, à l’échelle hexagonale et en 2050, de 8,4 millions de tonnes de carbone par an, soit 0,19 % du carbone stocké dans les sols métropolitains. « Loin, donc, de 4 pour mille », note Solagro, qui estime que l’initiative est un levier réel pour stocker du carbone, mais insuffisant.

 

Sylvain Doublet souligne que « l’intérêt de cette démarche, c’est que c’est gagnant pour les sols, qui sont remis au cœur du problème et des solutions. On a intérêt à en prendre soin, et stocker du carbone est très compatible avec une bonne fertilité. »

Couverts et prairies

La principale technique agronomique qui permet de stocker du carbone dans les sols ? « Les couverts végétaux, indique le spécialiste. Il faut faire en sorte de maximiser la photosynthèse sur tous les sols, et tout au long de l’année. » En France, il estime que leur mise en place a « un peu traîné, mais commence vraiment à s’accélérer, en intercultures longues et courtes ».

 

Selon lui, l’autre levier principal est la mise en place de prairies temporaires dans les rotations de grandes cultures. Mais celui-ci pose la question du débouché, notamment « dans un monde où l’élevage est réduit ».

 

(1) Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

(2) Agence de la transition écologique.