Les valeurs françaises des céréales à paille s’affaissent cette semaine à la suite d’une détente des prix américains et de la pression russe. Le maïs résiste. Le colza, lui, est dopé par son homologue canadien, la demande en huile et les craintes de dégâts de la vague de froid actuelle.

Le blé français obligé de suivre en baisse

Le mécanisme d’une taxe variable sur les exportations de céréales a été confirmé en Russie pour application à partir du 2 juin 2021. En effet, la taxe du blé, définie comme 70 % de la différence entre le niveau de 200 $/t d’une part et un prix de référence d’autre part, sera calculée chaque semaine par la bourse de Moscou. Tout n’est pas encore clair pour autant en ce qui concerne la qualité qui sera prise comme référence, les ports de chargement, les échéances retenues… des questions cruciales encore non traitées par l’administration russe.

 

Les règles seront peaufinées dans les prochaines semaines mais une grande inquiétude se répand parmi les opérateurs à cause de ces incertitudes. Le nouveau système risque de réduire les ventes sur les échéances éloignées avec la taxe hebdomadaire comme inconnue. À moyen terme, cela pourrait profiter aux autres origines de la région, et plus largement à l’ensemble des autres exportateurs mondiaux (plutôt haussier donc).

 

Pour la période du 15 février au 1er juin prochain en revanche, la taxe qui s’applique est fixe (25 €/t du 15 février au 1er mars puis 50 €/t ensuite jusqu’au 1er juin). En janvier, les sociétés d’exportation russes ont tenté de vendre le plus possible avant le début de la taxation. Elles ont également essayé d’acquérir la plus grosse part possible du quota applicable sur les exportations totales russes (17,5 Mt) pour la période février-juin. Cela avait poussé les prix russes vers le haut début janvier mais ces derniers sont maintenant sur une pente descendante pour la troisième semaine consécutive depuis que la course est terminée.

 

Les prix russes viennent encore d’abandonner 6 $/t (à 283 $/t Fob Novorossiysk) pour le blé à 12,5 % de protéine soit -17 $/t en cumul sur les trois semaines. Cette pression russe agit comme un rouleau compresseur : les prix français suivent à la baisse et perdent 3 $/t sur la semaine à 278 $/t Fob Rouen (-3 €/t à 222,25 €/t base juillet rendu Rouen). Les blés argentins perdent aussi 3 $/t alors que les blés US cèdent plus de terrain à 283 $/t Fob pour la variété SRW (-10 $/t en une semaine) : Les prix US reflètent aussi l’affaissement de Chicago qui a suivi le maïs en milieu de semaine après un rapport du ministère de l’Agriculture des États-Unis, USDA, moins haussier que certains opérateurs ne l’attendaient.

Des vagues de froid un peu partout

Les blés d’hiver aux États-Unis subissent actuellement une forte vague de froid avec une couverture neigeuse qui laisse à désirer dans les plaines du Sud et du Centre. Les températures de ce week-end s’annoncent nettement en dessous des seuils-limite pour le risque de dégâts dus au gel. Cela devrait venir limiter la tendance baissière à la veille d’un long week-end dans le pays (lundi férié aux États-Unis).

 

Une vague de froid s’est installée aussi en Europe. Une autre vague devrait venir toucher l’Ukraine et la Russie prochainement. On note toutefois peu d’inquiétudes pour l’instant pour les blés d’hiver dans ces deux grandes régions productrices.

 

Quand les prix russes étaient à leur plus haut, les ventes de blé de l’Union européenne — et de la France notamment — ont été favorisées. Nous venons ainsi de réviser en hausse notre prévision des exportations de la France vers les pays tiers à 7,6 millions de tonnes. FranceAgriMer les a révisées en hausse aussi cette semaine à 7,45 millions de tonnes.

 

Pour le total de l’Union européenne 28, nous revoyons la performance à l’export de blé proche des 26 millions de tonnes, en hausse d’un million de tonnes depuis le mois dernier à la suite des bonnes performances françaises vers l’Afrique du Nord. Le bilan français de blé s’annonce toujours très tendu avec des stocks très bas en fin de campagne (nous les prévoyons à 2 millions de tonnes tout juste, en dessous des 2,5 millions de tonnes de FranceAgriMer).

 

Cette tension devrait continuer de soutenir les prix et les deux dernières semaines l’illustrent bien avec des baisses de prix en France beaucoup moins fortes que celles de la Russie. Mais revers de la médaille : les blés français perdent actuellement un peu de compétitivité dans un contexte qui s’annonce nettement moins tendu pour la prochaine campagne. Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture français, a justement relevé cette semaine son estimation des surfaces de blé tendre de plus de 100 000 hectares, à presque 4,9 millions d’hectares. Cela reste encore toutefois inférieur aux cinq millions d’hectares attendus par les opérateurs.

 

Pas de grosses « affaires » cette semaine, mais des achats de la part de l’Asie (japon, Philippines) et de la Jordanie.

Inquiétude pour les orges de printemps

La vague de froid de mi-février soulève de nombreuses inquiétudes pour les orges de printemps semées en automne. Avec des hivers de plus en plus doux, la pratique des semis de variétés de printemps en automne s’est notamment développée dans les zones de l’ouest de la région Centre-Val de Loire au cours des récentes campagnes. Cette stratégie se heurte cette année à des conditions plus hivernales avec des risques forts pour ces orges.

 

Malgré tout, les cotations des orges brassicoles ne bougent guère cette semaine, dans un marché peu dynamique pour l’instant : l’orge de printemps Fob Creil se situe à 213 €/t et l’orge d’hiver à 210 €/t en base juillet. Les prix de ces orges brassicoles sont même inférieurs pour la prochaine campagne que pour l’actuelle. Pourtant, la production d’orge de printemps va diminuer en 2021-2022 et l’on peut attendre des primes entre orge fourragère et orge de brasserie plus fortes que celles de cette année.

 

Du côté des orges fourragères, les valeurs sont en nette baisse cette semaine : -6 €/t rendu Rouen à 199,25 €/t en base juillet (253 $/t Fob Rouen en prix complet). Cet affaissement concerne aussi les orges ukrainiennes qui abandonnent 4 $/t à 260 $/t Fob. De leur côté, les orges russes sont stables à 250 $/t Fob et un phénomène intéressant vient de se produire cette semaine : maintenant que toutes les orges de l’Union européenne et de la mer Noire sont dans un mouchoir de poche (entre 250 et 260 $/t Fob), les orges australiennes s’autorisent à monter leur prix de plus de 20 $/t en huit jours, à 246 $/t Fob alors que les disponibilités australiennes sont encore très élevées.

 

Cela illustre probablement le fait que les orges australiennes n’ont plus à faire face à beaucoup de concurrence, de la part de la Russie notamment, sur le Proche Orient et qu’elles peuvent monter leur prix malgré leur bannissement du marché chinois.

Le maïs décroche sur la scène mondiale, mais pas en France

Après la fièvre des dernières semaines liées aux gros achats de maïs US par la Chine, les prix américains ont perdu 5 $/t cette semaine à la suite d’un rapport USDA moins haussier que prévu. Les stocks US attendus en fin de campagne ont été réduits par l’USDA mais moins fortement qu’attendu par le marché et les stocks mondiaux de maïs ont été légèrement relevés.

 

Cela a entraîné un retrait à Chicago en milieu de semaine, qui s’est ensuite transmis aux prix US à l’export et aux prix argentins également (-4 $/t). En Argentine, les estimations de la récolte remontent légèrement pour tenir compte des dernières pluies. Néanmoins, la production restera bien inférieure à celle de l’an dernier. Le gouvernement argentin a abandonné ses projets de taxes face aux vives réactions de la part des producteurs mais la situation est encore fragile.

 

Dans ce contexte, et avec une demande chinoise revue encore en hausse par l’USDA, la situation tendue du bilan mondial de maïs se confirme. Les prix français, eux, ne cèdent pas à la baisse à cause d’une demande non négligeable à l’exportation et des stocks attendus bas en fin de campagne. Le manque de maïs ukrainien continue ainsi de soutenir les prix européens (stables à 225 €/t Fob Rhin et en hausse de 1,25 €/t Fob Atlantique, à 222,24 €/t – base juillet).

Les cours français du colza dépassent les 450 €/t

Pour la première fois depuis 8 ans, le prix du colza en France a dépassé le seuil de 450 €/t, que ce soit en rendu Rouen (452 €/t le 11 février, +3 €/t sur la semaine) ou en Fob Moselle (à 454 €/t, soit +8 €/t). La nouvelle progression des cours est due à la forte tension sur le marché canadien du canola. En effet, malgré des prix très élevés, les ventes à l’exportation et la trituration canadienne ne montrent aucun signe de faiblesse. En découlent de très bonnes marges de trituration à l’échelle planétaire, dues aux prix élevés de l’huile de colza, soutenus par le déficit mondial en huile de tournesol et de palme.

 

Ainsi, les prix du canola à Vancouver ont grimpé de 16 $/t sur l’échéance mars 2021 entre le 4 et le 11 février. D’autre part, les craintes d’un manque de disponibilité qui pourraient continuer sur la campagne 2021/22 ont aussi alimenté une hausse des cours de l’ancienne récolte. La vague de froid qui a touché une grande partie de l’Europe, et qui s’annonce pour les prochains jours dans les pays de la mer Noire, pourrait en effet endommager une partie des plants de colza, notamment là où la couverture neigeuse est absente ou trop fine.

 

De plus, en France, le ministère de l’Agriculture a révisé en baisse son estimation de la surface française de colza semée, à seulement 1 million d’hectares pour la récolte 2021. Cela représente une baisse de surface de 10 % par rapport à 2020, qui résulte de mauvaises conditions de semis. Le prix du colza sur Euronext a par conséquent grimpé de 10,75 €/t sur l’échéance août 2021 cette semaine.

Léger effritement pour le soja

Les cours de la fève ont plutôt reculé cette semaine, sous l’influence du retour des pluies qui permettent d’envisager une révision en hausse des potentiels de rendement en Argentine et au Brésil. Plusieurs analystes privés et publics ont ainsi revu en hausse leurs prévisions de récolte de soja chez les deux géants sud-américains. Les prix à Chicago ont ainsi reculé de 2 $/t cette semaine pour l’échéance mars 2021. Si les conditions restent favorables aux cultures et à l’avancée des moissons, les prix mondiaux du soja pourraient continuer à reculer sur les prochaines semaines.

 

Les exportateurs de soja US restent extrêmement sollicités à l’heure actuelle. La récolte brésilienne est particulièrement ralentie cette année, ce qui incite les importateurs à sécuriser leurs achats sur le rapproché auprès des opérateurs US. Les stocks de sojas US seraient actuellement particulièrement bas, et ils devraient le rester jusqu’à la fin de campagne, malgré de bons volumes de récolte en Amérique latine. Cet élément a notamment soutenu le cours de l’échéance novembre 2021 à Chicago (+5 $/t sur la semaine).

Chute des cours du tourteau de soja

En tourteau de soja, les cours sont particulièrement marqués par l’amélioration des perspectives de récolte en Argentine. La Bourse de commerce de Rosario a notamment revu en hausse sa prévision de récolte de soja 2021 de 2 millions de tonnes, à 49 millions de tonnes. Le prix Fob Argentine des tourteaux de soja a ainsi reculé de 12 $/t sur la semaine, entraînant à sa suite le cours du tourteau de soja à Montoir. Celui-ci s’effondre de 24 €/t sur la semaine à 450 €/t à Montoir.

 

Cette baisse est renforcée par les difficultés des filières françaises d’élevage. En lait, notamment, les marges de production sont fortement contraintes par un coût élevé des aliments industriels. L’achat de ces aliments s’est ainsi ralenti sur les dernières semaines, pesant sur les prix du tourteau. La demande en aliments pour volailles est par ailleurs affectée par la grippe aviaire, qui touche surtout la filière palmipèdes dans le sud-ouest de la France.

 

Les prix du pois fourrager bénéficient au contraire d’une conjoncture favorable (+2 €/t sur la semaine en départ Marne, à 274 €/t). Le coût attractif de cette source de protéines la maintient durablement dans les rations et lui donne la faveur des éleveurs.

Le prix du tournesol français continue de grimper

Malgré le prix élevé du tournesol, la demande ne faiblit guère. Les achats d’huile sont ralentis par le manque de disponibilités, mais ils dépassent toujours l’offre disponible. Les retards de récolte de soja en Amérique latine participent à soutenir la demande mondiale en graine et en huile de tournesol. Ainsi l’huile de tournesol à Rotterdam a vu son prix augmenter de 15 $/t cette semaine à 1330 $/t, un record absolu. Le prix du tournesol à Saint-Nazaire a ainsi été entraîné en hausse de 10 €/t entre le 4 et le 11 février. Il renoue avec le niveau très élevé de l’été 2012.

 

 

À suivre : effet de la taxe russe sur les prix des céréales, demande chinoise, climat en Europe, en mer Noire et au Canada (colza), avancée de la récolte brésilienne (soja), climat en Amérique latine (soja), demande mondiale en huiles, situation sanitaire et économique mondiale.