Pas de grande variation cette semaine pour le prix des céréales à l’exception des orges brassicoles de la récolte de 2021 ; le complexe oléagineux reste très tendu mais cela n’empêche pas les colzas français d’abandonner quelques euros cette semaine.

Les prix français n’ont pas suivi les petites baisses US et russes

Le blé français sur Euronext a grimpé mardià son plus haut niveau des deux dernières semaines, poussé par Chicago et la dégradation de la situation des blés d’hiver aux USA (43 % de blés en situation bonne à excellente contre 46 % la semaine dernière). Cela dénote le maintien d’une situation assez sèche sur le sud des États-Unis.

 

La poursuite d’un programme d’exportation dynamique a continué aussi à soutenir les prix européens malgré un affaissement des blés US mercredi juste avant la fermeture du marché US pour deux jours à l’occasion de Thanksgiving.

 

À Rouen, les prix sont quasi stables par rapport à ceux de la semaine dernière, à presque 209 €/t rendu (base : juillet). Avec un euro qui se maintient proche de 1,19 dollar, les blés français valent 258 $/t Fob sur le marché mondial, soit 2 $/ de plus que les blés russes à 12,5 % de protéines et 6 $/t de plus que les blés de la mer Noire à 1,5 % de protéines.

 

Avec l’accélération des ventes des producteurs russes, les blés de la mer Noire se sont affaissés légèrement, perdant 1 $/t sur la semaine. Les producteurs et les exportateurs russes tentent en effet actuellement d’accélérer leurs ventes en raison des incertitudes concernant les modalités du quota d’exportation pour le second semestre et le lobbying exercé par l’industrie animale du pays qui demande des taxes à l’exportation.

 

Les blés européens, et français notamment, ont donc résisté face à l’affaissement des autres origines. Les blés français restent soutenus par des achats chinois qui se poursuivent et feront monter les achats totaux de la Chine en blé français nettement au-delà de 2 millions de tonnes, plus haut que le 1,7 million de tonnes exportées vers cette destination l’an dernier.

Forte demande à l’exportation de blé

La Commission européenne vient de publier une mise à jour de ses bilans et confirme une prévision d’exportation proche de 24 millions de tonnes de blé tendre pour l’ensemble de l’UE. C’est le niveau que nous prévoyons aussi, niveau en forte baisse par rapport à l’an passé (36 millions de tonnes), à destination de l’Afrique notamment. Néanmoins, et malgré l’ampleur de l’offre russe, il n’apparaît pas possible pour l’UE d’exporter moins que ces 24 millions de tonnes attendues en raison de la forte demande mondiale et de la régression des disponibilités ukrainiennes et argentines. Ainsi, au Brésil, l’exemption de taxe pour un quota de 750 000 tonnes de blé importées des pays hors Mercosur vient d’être prolongée pour une année. Les blés ne provenant pas du Mercosur subissent d’habitude une taxe de 10 % à l’entrée au Brésil. La suppression de la taxe met en relief la volonté du pays de diversifier ses fournisseurs face à une récolte argentine bien moins bonne que prévu.

Achats de blé de l’Égypte et de la Tunisie

L’orientation très légèrement baissière des prix sur le marché de la mer Noire et celui américain a conduit l’Égypte à repasser « aux achats ». Le Gasc égyptien vient de contracter 175 000 tonnes de blé russe cette semaine pour livraison en janvier à un prix très légèrement inférieur (–0,5 $/t environ) à celui de son dernier achat. La grande majorité des offres provenaient de la Russie mais le Gasc a reçu aussi une offre française, deux offres ukrainiennes et une offre roumaine. La Tunisie a aussi acheté 92 000 tonnes de blé tendre cette semaine et le Pakistan 340 000 tonnes en origine optionnelle pour livraison en seconde moitié de campagne pour les deux pays. La Corée, la Thaïlande, Oman, le Japon étaient aussi sur le marché.

Léger affaissement des prix de l’orge fourragère

Contrairement au blé, l’orge française fourragère de la récolte de 2020 voit son prix diminuer légèrement à Rouen cette semaine, à 196,75 €/t (–2 $/t, base juillet). Cette petite baisse se traduit par une perte de 1 $/t sur le marché mondial, à 243 $/t Fob Rouen, face à des orges ukrainiennes valant 220 $/t Fob et dont le prix reste stable en revanche. L’activité a été soutenue pourtant sur le marché mondial — avec un achat de 155 000 tonnes par la Turquie, de 75 000 tonnes par la Tunisie et de 80 000 tonnes par la Thaïlande — mais l’orge française fourragère n’en a pas beaucoup profité. Le léger affaissement de son prix reflète probablement la perte de compétitivité de l’orge française à destination du Proche-Orient, au profit des orges australiennes.

Achats d’orge en récolte 2021

Néanmoins, le prix de l’orge française ne devrait pas baisser beaucoup plus car l’essentiel des disponibilités exportables de l’Hexagone est capté par la Chine. Ce pays vient d’ailleurs de montrer un intérêt pour les orges de la nouvelle campagne (récolte de 2021), sur la période de juillet-septembre ; des rumeurs couraient en effet cette semaine mentionnant des achats possibles de 1 million de tonnes d’orge de la nouvelle campagne d’origine française et mer Noire, à des prix juste légèrement inférieurs aux prix actuels pour l’orge de la récolte de 2020. Cet élément représente un facteur de soutien, illustrant que la Chine envisage déjà de rester très présente sur le marché mondial de l’orge sur la prochaine campagne. Il conviendra toutefois d’être prudent et de surveiller la concrétisation des ventes en jeu car il est arrivé par le passé que la Chine annule certains achats effectués à l’avance à des prix plus élevés que le niveau de remplacement, une fois la récolte arrivée.

 

En tout cas, les orges brassicoles de la prochaine campagne ont gagné 6 et 7 €/t pour les variétés d’hiver et de printemps (à 197 €/t et 203 €/t Fob Moselle, base juillet 2021, respectivement) et cela est peut-être en lien avec l’attitude acheteuse de la Chine. Le bilan brassicole de 2021-2022 s’annonce par ailleurs beaucoup moins lourd que celui de 2020-2021 comme nous l’avons publié ce mois. Cette situation en perspective et les achats précoces des malteurs font grimper les prix de la récolte de 2021. Les prix brassicoles de la récolte de 2020, quant à eux, augmentent moins fortement, de 1 €/t pour les orges d’hiver à 206 €/t Fob Moselle et de 2 €/t à 210 €/t pour les orges de printemps.

Stabilisation des prix du maïs

En maïs aussi, les prix se sont à la baisse mercredi à Chicago avant la fermeture pendant deux jours pour le Thanksgiving. Néanmoins, les prix US ont gagné 2 $/t Fob Gulf avec une bonne demande à l’exportation et une activité en croissance dans le secteur de l’éthanol US qui est regrimpé la semaine dernière à son plus haut niveau depuis le début de la pandémie du coronavirus.

 

Le Conseil international des grains (IGC) vient de publier ses nouvelles estimations d’offre et de demande mondiales qui confirment une révision en baisse des récoltes ukrainienne, européenne et américaine. En Amérique du Sud, les craintes concernant la sécheresse sont encore de mise ; un temps humide est annoncé pour la semaine prochaine dans certaines régions de production au Brésil et en Argentine mais d’autres régions vont rester sèches comme le sud des plaines de production du maïs en Argentine. L’Ukraine a maintenant engrangé environ 90 % de sa récolte de maïs et les bas rendements y sont confirmés.

 

La situation se consolide donc comme plutôt fragile sur le marché mondial du maïs et cela laisse inchangé les prix du maïs français par rapport à la semaine dernière à 205 €/t Fob Rhin ou 199 €/t Fob Bordeaux (base juillet).

Le soja grimpe encore

Le soja s’est encore valorisé cette semaine compte tenu des inquiétudes climatiques qui persistent en Amérique du Sud. Le soja a aussi profité de l’influence haussière du pétrole et de l’huile de soja. Le gain hebdomadaire du prix de la fève sur la Bourse de Chicago est de 2,5 $/t sur le rapproché, et de presque 16 $/t pour l’échéance de mai 2021 (à 435 $/t).

 

Les pluies restent très insuffisantes dans le sud du Brésil, qui est durement touché par un déficit hydrique. À l’échelle nationale, les agriculteurs ont en partie comblé le retard d’emblavement accumulé en début de cycle mais près de 1 % des surfaces devront être ressemées. En Argentine, les semis accusent un retard de presque 3 % par rapport à la progression de l’an passé à cause de poches de sécheresse persistante. Les rebonds des prix de l’or noir et de l’huile de soja ont également apporté du soutien à la fève. Ils ont bénéficié de l’espoir d’une reprise économique après l’annonce de la découverte de vaccins efficaces contre le coronavirus et en raison de la stabilisation de la situation politique aux US. Le prix de l’huile de soja a, quant à lui, grimpé en raison de la forte demande de l’industrie du biodiesel au Brésil, et des niveaux de consommation élevés au niveau mondial. Cela résulte d’une consommation accrue de repas au foyer, liée à la pandémie de Covid-19 toujours active.

 

Après avoir touché le niveau symbolique des 12 dollars le boisseau au milieu de la semaine, les prix du soja ont toutefois entamé une petite marche arrière en raison de prises de profits à la veille de Thanksgiving.

 

D’ici à mars-avril 2021, des conditions climatiques optimales seront essentielles pour que les niveaux de récolte en Amérique latine, nécessaires à la couverture des besoins mondiaux, soient atteints.

Hausse des cours des matières riches en protéines

Les cours du tourteau de soja ont suivi le mouvement du soja, en évoluant en hausse de 3 $/t sur la semaine, à 438 $/t sur le marché Chicago. En France, ils gagent 5 €/t à Montoir (à 430 €/t) dans le sillage des tourteaux brésiliens et argentins.

Le prix du pois fourrager départ Marne a progressé de 3 €/t sur une semaine (à 247 €/t). Il bénéficie toujours d’une conjoncture porteuse pour les prix du blé fourrager et du tourteau de soja. L’attractivité face à ses concurrents dans l’alimentation animale se maintient, et soutient la consommation de pois fourragers.

Les prix du colza s’effritent légèrement

Les prix du colza français reculent légèrement cette semaine, à la suite des cours du biodiesel et de l’huile de colza. Les prix actuels du biodiesel sont très élevés, et entraînent un arrêt momentané des achats. Les offres n’ayant pas trouvé preneur, les prix du biodiesel de colza se sont légèrement tassés sur les derniers jours (–27 $/t Fob Rotterdam). L’huile de colza a suivi par sympathie (–15 $/t à 920 $/t à Rotterdam). Ce mouvement de correction a lieu alors que les cours du pétrole sont en forte hausse (+9,5 % sur la semaine à New York, à 46 $ le baril). Le développement en cours de plusieurs vaccins efficaces contre la Covid-19 redonne de l’optimisme aux marchés quant à la demande qui pourrait s’exercer sur les prochains mois. Cette hausse du cours du pétrole ne suffit pas toutefois pour soutenir les cours du complexe colza. En Australie, en effet, la récolte de canola se poursuit et les résultats sont encore meilleurs qu’escompté. Le temps a été idéal et le rendement du canola atteindrait des records dans plusieurs régions australiennes. Cela a aussi pesé sur les prix européens. La baisse de prix est également due en partie à une nouvelle hausse de la valeur de l’euro face au dollar (à 1,19).

Le prix du colza rendu Rouen perd ainsi 3 €/t sur la semaine à 416 €/t. Le prix Fob Moselle décline de 2,5 €/t à 415,5 €/t.

Au contraire, le canola canadien, fortement demandé à la fois à l’exportation et sur le marché intérieur, voit son prix remonter encore cette semaine (+6 $/t, à 444 $/t). La demande chinoise, japonaise, mexicaine et européenne entraîne une bonne dynamique de ventes canadiennes à l’exportation. Elles étaient en hausse de 1,2 million de tonnes au 22 novembre, soit +40 % par rapport à l’an passé (à près de 4 millions de tonnes).

Les prix du tournesol s’envolent

La tendance haussière du marché de tournesol se poursuit. Les prix français ont marqué une nouvelle hausse de 30 €/t, à 510 €/t, pour la qualité standard et de 35 €/t, à 495 €/t, pour la qualité oléique à Saint-Nazaire. Les prix de la graine sont surtout soutenus par la flambée du cours de l’huile. Ce dernier a franchi la barre des 1 200 $/t à Rotterdam, un plus haut niveau depuis 2013. Les marges de trituration affichent des niveaux nettement supérieurs à l’année dernière et stimulent la demande industrielle.

En outre, la situation demeure très tendue en mer Noire où la nette baisse des récoltes s’est confirmée avec la fin des moissons. D’autre part, la demande apparaît assez soutenue sur les marchés locaux comme à l’exportation. Les restrictions à l’exportation en Russie et le retour aux achats de la Turquie faisant suite à la récente suppression de la taxe à l’importation sur le tournesol apportent un soutien supplémentaire aux cours. Le prix Fob mer Noire grimpe ainsi à 565 $/t (+20 $/t en une semaine).

 

 

À suivre : prix des blés russes, compétition France-Argentine en blé, exportations françaises, achats chinois tous produits, climat en Amérique du Sud (maïs et soja).