En pleine crise sanitaire de la jaunisse de la betterave, certains échos de plaines ou discours d’ONG environnementalistes l’affirment : « les betteraves bios sont moins attaquées que les betteraves traitées ». « C’est un constat visuel, répond Jérôme Fontaine, agriculteur biologique à Sancheville dans l’Eure-et-Loir, qui constate aussi une moindre attaque de ses betteraves. On en aura la certitude à la récolte », précise-t-il avec prudence, en invoquant un semis plus tardif et une irrigation plus faible.

 

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Pas de corrélation possible

L’ITB qui a une vue d’ensemble du territoire français ne va pas dans ce sens : « les betteraves bio ne sont ni plus, ni pas moins touchées que les betteraves conventionnelles », affirme formellement Ghislain Malatesta, responsable du département expérimentation et expertise régionale à l’ITB, après avoir visité des dizaines de parcelles.

 

Éventuellement, des champs bio peuvent paraître un peu plus verts car la densité de racines est souvent moindre, et donc la disponibilité en azote souvent plus élevée. Mais le craquement des feuilles, lorsqu’on parcourt ces parcelles, évoque la présence de jaunisse. Des prélèvements de feuillage auront lieu prochainement pour quantifier la charge virale.

 

Bien entendu, tous les champs ne sont pas attaqués de la même manière. Certains sont beaucoup moins touchées que d’autres, mais selon l’ITB, aucune corrélation entre le niveau d’attaque et le mode de culture n’est possible à ce jour.

 

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Les auxiliaires ne sont pas la solution miracle

Un agriculteur bio de la Marne confirme ces propos : son champ est ravagé par la jaunisse malgré un semis autour du 10 mai plus propice aux insectes auxiliaires : « on voyait des larves de coccinelles qui mangeaient des pucerons, mais cela n’a rien fait ».

 

Florent Thiebaut, betteravier et conseiller agricole à Chaudrey dans l’Aube, va dans le même sens :

La jaunisse n’est pas le seul facteur limitant en bio

Interrogé sur le sujet, Jacques Frings, agriculteur et président du Gab Ile de France s’explique. « Certains collègues bio se disent moins attaqués. Ils ont le sentiment que proportionnellement, la jaunisse est moins marquée chez eux. L’année est difficile pour beaucoup de cultures, entre sécheresse, jaunisse et difficultés de désherbage, de toute façon les rendements ne seront pas bons. On ne sait pas si les betteraves bios sont moins touchées, la jaunisse n’étant pas le seul facteur limitant dans ce système de culture. » En effet, l’objectif de rendement est moins élevé et le désherbage constitue un enjeu plus important.

 

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