Les prix des céréales se calment cette semaine et baissent même franchement en nouvelle récolte avec des conditions de culture correctes en France et des facteurs macro-économiques baissiers. Pour le court terme, le complexe oléagineux est très affecté par le manque d’huiles et cela pousse le colza encore plus haut.

Stabilisation des prix du blé français avant une remontée du Matif

Certains facteurs ont continué de soutenir les prix mais d’autres éléments, plus structurels, sont venus plutôt peser vers le bas, sur les prix de la nouvelle récolte surtout. Rendu Rouen, le blé français de la récolte de 2021 valait près de 400 €/t (base juillet) jeudi, une baisse de 3 € la tonne par rapport à la semaine dernière. Le blé de la récolte de 2022, quant à lui, valait 361,75 €/t (–14 €/t).

 

Sur le Matif, l’échéance de mai 2022 était en baisse jeudi soir mais repartait à la hausse aujourd’hui en milieu d’après-midi (à 412,25 €/t, à plus de 11 €/t au-dessus de sa valeur de vendredi dernier) alors que l’échéance de septembre 2022 se situait à 363,5 €/t (en baisse de 2 €/t par rapport à la semaine dernière). Au cours de la semaine, les prix US se sont affaissés de 15 à 20 $/t selon les qualités et les prix russes de 5 $/t.

Des inquiétudes climatiques

Du côté des éléments qui ont exercé un effet haussier, l’on trouve cette semaine la situation climatique en Argentine et aux Etats-Unis. En Argentine, les perspectives de prolongation du phénomène météo la Niña laissent craindre des conditions sèches au cours des prochains mois. Cela vient s’ajouter aux inquiétudes concernant l’amplitude des surfaces semées qui pourraient s’affaisser modérément par rapport à l’an passé à cause des coûts de production trop élevés et de l’incertitude des producteurs face à la politique d’exportation du gouvernement.

 

Aux Etats-Unis, la situation reste très sèche dans les plaines de production de blé d’hiver et les notations hebdomadaires des cultures se sont encore dégradées cette semaine avec 30 % des blés d’hiver en conditions bonnes et excellentes, selon l’USDA, soit le plus bas niveau depuis 1996 ! Des pluies (voire de la neige) sont attendues dans le Montana et le Dakota du Nord mais les plaines du sud du pays vont rester sèches et cela n’est pas de bon augure. L’IGC, Conseil international des grains, a publié hier son estimation de la récolte mondiale de blé. Il la situe à 780 millions de tonnes, en légère baisse de 1 million de tonnes par rapport à 2021.

Quelques éléments plutôt baissiers

En revanche, la situation est meilleure dans l’Union européenne (UE). Des pluies sont annoncées d’ici à la fin du mois en Italie, Roumanie et Bulgarie. En France, l’état des blés se détériore légèrement (91 % des plantes en conditions bonnes à excellente cette semaine contre 92 % la semaine dernière) mais il demeure bien meilleur que l’an passé à la même date (85 %).

 

Au Brésil, l’on peut citer l’estimation de hausse, par l’agence Safras et Mercado, de 10 % de la surface semée en blé. Cette estimation nous apparaît très optimiste au vu des problèmes d’accès aux fertilisants mais elle indique toutefois la possibilité d’une récolte supérieure à celle de l’an dernier.

 

En Russie, les conditions climatiques sont bonnes et les analystes locaux y revoient aussi leurs prévisions (entre 83 et 87 millions de tonnes contre 76 en 2021). La progression de la récolte russe n’est pas une surprise mais l’ampleur des estimations les plus fortes (87 millions de tonnes selon Sovecon) reste encore à prendre avec des pincettes. Toutefois, cela présage d’un fort potentiel d’exportations russes en 2022-23.

Révision en baisse de la croissance mondiale

L’actualité de la semaine a aussi été marquée par les données macro-économiques et la révision en baisse des perspectives de croissance mondiale par le FMI et la Banque mondiale. Cette dernière a réduit sa prévision de 4,1 % à 3,2 % : c’est toujours une croissance positive qui est attendue mais nettement moins forte qu’auparavant à cause des effets de la guerre en Ukraine, du Covid en Chine et du renchérissement du crédit.

 

Ces révisions en baisse corroborent les fortes « coupes » que nous avons, de notre côté, apportées aux prévisions des utilisations mondiales de céréales, dans un contexte où les productions animales souffrent et où certains habitants de la planète ne consommeront finalement pas plus de blé que pendant la période du Covid.

 

Il se peut ainsi que l’Égypte, en retard dans ses achats, contracte finalement un peu moins que prévu il y a quelques semaines. L’attitude de ce gros importateur suscite beaucoup d’attention : l’Égypte achètera-t-elle rapidement de gros tonnages de blé indien ou pas ? Des questions sanitaires semblent être en jeu et cela pourrait finalement favoriser les blés européens et français. L’Égypte vient d’ailleurs d’annoncer qu’elle disposait de réserves lui permettant de faire face à plusieurs mois de consommation. Or, en général, ce genre d’annonce est souvent suivi d’un appel d’offres. Il s’agit d’un élément à suivre de près qui pourrait soutenir le blé français à court terme.

L’orge fourragère se stabilise en ancienne et baisse en nouvelle récolte

Après sa très forte progression la semaine dernière, le prix de l’orge fourragère de l’ancienne récolte s’est stabilisé cette semaine à Rouen, à 392 €/t (base juillet) et a baissé en Moselle (–7 €/t). Comme en blé, la chute des prix a été beaucoup plus marquée pour la nouvelle récolte (–12 €/t à 346 €/t rendu Rouen). Les éléments baissiers mentionnés ci-dessus (la réduction de la croissance mondiale et les révisions en baisse de la demande en céréale qui en découlent) affectent aussi le prix de l’orge.

 

L’orge française reste très chère face aux orges australiennes et russes et le regain d’activité à l’exportation observé les semaines passés n’est plus d’actualité. Pas beaucoup de chargements d’orge fourragère au départ des ports français cette semaine, seulement 6 000 tonnes vers le Royaume-Uni (à Rouen) et 15 000 tonnes vers la Chine à La Pallice en complément de 45 000 tonnes déjà chargées à Rouen. Peu d’activité non plus en orge de brasserie (deux chargements pour les Pays-Bas, l’un de 3 000 tonnes de Rouen et l’autre de 4 000 tonnes de La Pallice). Les prix brassicoles sont reconduits aux alentours de 420 €/t Fob Creil pour les valeurs de printemps.

L’écart des prix du maïs se réduit entre les récoltes de 2021 et 2022

Affaissement cette semaine pour les prix de la récolte de 2021 des maïs français, avec –8 €/t pour le Fob Rhin, à 335 €/t (base juillet) et –2 €/t pour le Fob Bordeaux, à 331 €/t. L’écart est maintenant réduit avec la récolte de 2022 qui s’affiche à 325 €/t pour le maïs Fob Rhin et 322 €/t pour le Fob Bordeaux. Sur la semaine, les maïs Brésiliens ont perdu 14 $/t en récolte de 2021, à 334 $/t Fob tandis que les maïs ukrainiens affichent toujours une forte décote, à 306 $/t.

 

Le bas niveau des prix ukrainiens résulte de stocks qui s’accumulent dans le pays même si des flux par trains et par camions se confirment, surtout via la Pologne et la Roumanie. Ces flux terrestres devraient donner un peu d’air aux pays importateurs d’Europe mais ne compensent pas du tout la fermeture des ports ukrainiens. Au Brésil, ce sont les récentes publications de bonnes perspectives de récolte, surtout au Mato Grosso, qui mettent les prix sous pression. Il y a néanmoins encore du chemin à faire jusqu’à la récolte, qui ne débutera véritablement qu’en juillet.

 

En Argentine, la Bourse de Buenos Aires a revu à la hausse son estimation de récolte à 49,2 millions de tonnes contre 47,2 précédemment. La consommation de maïs aux USA pour la production d’éthanol et les exportations du pays ont notamment marqué le pas cette semaine. Finalement, les prix de la récolte de 2021 corrigent à la baisse à la lumière des éléments ci-dessus, plutôt baissiers ; les cours mondiaux demeurent très fluctuants néanmoins.

 

L’écart se réduit avec les prix de la récolte de 2022 qui ont augmenté au contraire et dont les fondamentaux s’annoncent tendus : baisse de la surface aux USA, inquiétudes sur les apports d’engrais, fort retrait de l’Ukraine du marché mondial. En Ukraine justement, les semis de maïs avancent bien mais la baisse de surface attendue reste importante (–30 à –50 % en général, selon les sources) en raison du manque de semences et de carburant principalement mais aussi en raison de l’impossibilité d’accéder aux parcelles dans les zones de conflit.

Le colza grimpe encore

En ancienne récolte, les prix du colza battent encore des records et atteignent 1070 €/t en moyenne le 21 avril. Ces prix exceptionnels ne sont pas représentatifs de vrais volumes de vente, étant donné que les stocks encore disponibles à la vente sont réduits au minimum. Les données FranceAgrimer indiquent en effet que les stocks à la fin de février étaient en recul de 20 % par rapport à l’an dernier, à un niveau très bas. Les prix de l’ancienne récolte ont ainsi augmenté de 60 à 70 €/t en une semaine, tirés à la hausse par le prix de l’huile de colza, qui explose sur le marché européen (malgré le recul du prix du pétrole cette semaine). Le manque de disponibilités en huiles végétales, conséquence du conflit russo-ukrainien qui se prolonge, et se durcit depuis quelques jours dans l’est de l’Ukraine, a entraîné les prix de l’huile de colza en progression de plus de 10 % en une semaine dans l’UE.

 

Sur la nouvelle campagne, les prix du colza ont également augmenté mais dans une moindre mesure. L’échéance août sur le Matif progresse en effet de 10 €/t seulement. La demande en graines de colza a soutenu les prix pour des livraisons à l’été 2022. Toutefois, les bonnes conditions de culture pour le colza en France, et le retour des pluies prévu dans l’est de l’Union européenne (Roumanie, Bulgarie) ont tempéré cette hausse des cours.

 

Au Canada, les semis de canola devraient débuter au mois de mai. Les précipitations des derniers jours ont permis une amélioration de l’humidité des sols, ce qui est de bon augure. En Australie, où les semis de l’automne austral vont bientôt démarrer, les conditions s’annoncent par ailleurs plutôt bonnes.

Prix du tournesol stables en France, en baisse en mer Noire

Sur le marché français, les prix du tournesol se sont stabilisés à des niveaux très élevés. Pour l’ancienne récolte, la qualité oléique à Saint-Nazaire s’affiche à 1 010 €/t et pour la nouvelle récolte à 840 €/t. Les marges de trituration du tournesol sont à des niveaux extrêmement hauts, soutenues par des niveaux de prix exceptionnels de l’huile de tournesol.

 

Toutefois, comme la semaine dernière, le prix du tournesol en qualité standard à Saint-Nazaire pour l’ancienne récolte diminue (–15 €/t, à 800 €/t entre le 14 et le 21 avril), à la suite des prix des tournesols ukrainiens acheminés dans les ports bulgares ou roumains (–90 $/t cette semaine, à 735 $/t). En effet, un flux d’exportation régulier s’est mis en place au départ de l’Ukraine, via les frontières de l’ouest du pays (Roumanie, Pologne et Moldavie), ce qui permet à quelques volumes ukrainiens d’être exportés au départ de la mer Noire. Toutefois, la situation logistique reste très compliquée, et les quantités exportées ne représentent qu’un faible pourcentage des flux habituels.

 

D’une part, les exportations de grains et oléagineux par les chemins de fer ukrainiens ont certes augmenté en avril, mais elles n’atteignent qu’un peu plus de la moitié de leur capacité habituelle, selon des sources locales. La capacité de transport ferroviaire n’est toutefois pas en mesure de remplacer les énormes volumes habituellement exportés par les ports de la mer Noire en Ukraine. De plus, les industriels utilisent cinq terminaux ferroviaires principaux. Ces derniers sont déjà extrêmement utilisés, et des files d’attente de wagons se sont formées, avec des temps d’attente qui dépassent actuellement 20 jours.

 

Il est aujourd’hui très compliqué, pour les triturateurs ukrainiens qui arrivent à fonctionner, d’exporter l’huile de tournesol produite. Aussi la demande en tournesol sur le marché local est faible, et les prix intérieurs du tournesol se sont effondrés en Ukraine sur les dernières semaines.

Les cours du soja gagnent encore du terrain

Le soja bénéficie du soutien des prix du colza et des huiles végétales cette semaine. Ainsi, à Chicago, les prix de l’ancienne récolte US sont en hausse de 24 $/t. Le cours du soja US de la moisson de 2021 est aussi soutenu par une forte demande des importateurs, le soja US étant actuellement très attractif sur le marché mondial (notamment par rapport à l’origine brésilienne). Les USA vendent et exportent actuellement plus de 800 000 tonnes de soja par semaine, un rythme 4 plus élevé que l’an dernier à la même période.

 

Les prix du soja US de la prochaine récolte bénéficient aussi d’un soutien des huiles et du canola, ainsi que d’une bonne demande à l’exportation. L’échéance de novembre progresse de 11 $/t cette semaine. Les ventes sur la prochaine récolte déclarées par l’USDA cette semaine ont atteint un niveau élevé de 1,24 million de tonnes, soit presque 3 fois plus que la semaine précédente. Les semis démarrent tout juste aux USA, principalement dans les États du Sud (Louisiane, Arkansas, Mississipi) avec un peu de retard par rapport à l’an passé. Dans le Midwest, les semis démarrent eux plus rapidement que la moyenne, notamment dans l’Illinois et l’Ohio. Pour la prochaine récolte, la culture de soja bénéficie en effet d’un intérêt plus fort des agriculteurs, la hausse des coûts de production par hectare étant moins marquée pour cette culture que pour le maïs.

Légère baisse des prix du tourteau

Les cours des tourteaux augmentent légèrement cette semaine sur les marchés européens et américains. Ils bénéficient surtout du soutien du soja. Les filières animales souffrent toutefois des coûts élevés de l’aliment et de l’énergie, ce qui limite la demande des fabricants d’aliments en tourteau de soja. Le prix du tourteau de soja à Montoir augmente de 7 €/t cette semaine, à 567 €/t. L’offre en tourteau de soja est actuellement abondante dans l’UE, en Amérique du Sud et du Nord, avec des rythmes de trituration très élevés, boostés par de très bonnes marges de trituration.

Recul du pois fourrager

Cette semaine, le prix du pois fourrager départ Marne pâtit du recul du prix du blé en France, et recule de 5 €/t à 400 €/t. Néanmoins, les faibles volumes de matières riches en protéines exportés depuis la mer Noire en ce moment entraînent une demande régulière des fabricants en pois local. Cela maintient les prix du pois à des niveaux historiquement élevés.

Les prix de la nouvelle récolte ont eux aussi perdu du terrain (–13 €/t en une semaine, départ Marne) à 405 €/t. Le recul des prix des céréales et les bonnes conditions de cultures en France ont pesé sur le cours du pois fourrager.

À suivre : guerre en Ukraine, prix du pétrole, situation sanitaire en Chine, impact des prix élevés sur la demande, climat en Amérique du Nord (semis de blé de printemps, de maïs, soja et de canola), en Europe (toutes cultures), évolution des politiques biocarburants des pays de l’UE et des grands pays consommateurs