« Cette moisson est à l’opposé direct et total de 2021 », souligne, à raison, un opérateur en Bretagne. Contrairement à l’an passé, les chantiers de la récolte 2022 se caractérisent en effet par leur précocité et leur fluidité, s’achevant par endroit avec quinze jours d’avance. Selon l’observatoire des céréales Céré’Obs de FranceAgriMer, il ne restait en moyenne que 16 % du blé tendre à faucher le 18 juillet 2022, principalement en Bretagne, Normandie et dans les Hauts-de-France.

 

Sur l’ensemble du territoire, la sécheresse a pénalisé les céréales à paille, en particulier sur les terres superficielles. On retiendra de cette moisson une hétérogénéité importante des rendements en blé, mais qui restent globalement dans la moyenne, sauf parfois dans le Sud, et une qualité plutôt correcte. Ou, comme le résume cet agent dans l’Allier : « une année pas exceptionnelle en quantité, mais pas trop mal en qualité ».

Forts écarts de rendements en blé

En blé tendre, un net gradient de rendement se dessine selon le type de sol, et la pluviométrie. On obtient ainsi des écarts de 40 à 100 q/ha dans la Région Centre ou en Bourgogne, de 35 à 110 q/ha en Lorraine… En Champagne, deux tendances se distinguent aussi. « Les semis tardifs, blé de betterave ou blé de blé, et les terres séchantes font entre 70 et 80 q/ha, et les bonnes terres de 90 à 100 q/ha », rapporte un opérateur.

 

Les résultats sont « très décevants » dans le Sud-Est et le Sud-Ouest, avec jusqu’à –30 % de rendements par rapport à la moyenne décennale. Dans le sud de l’Aquitaine, ils sont « en retrait de 10 à 20 % », confie un agent. « Ceux qui ont bénéficié d’orages s’en sortent le mieux. »

En Bretagne, au contraire, « on s’attendait à pire » : les rendements sont dans la moyenne, avec une « bonne surprise » dans les sols profonds.

 

Même constat dans les Hauts-de-France où, bien que la moisson ne soit pas encore terminée, la récolte est estimée en hausse de 5 % par rapport à la moyenne décennale, à 95 q/ha.

Des PS globalement bons en blé

La qualité des grains est satisfaisante dans de nombreuses zones : les poids spécifiques (PS) sont globalement « corrects », et même meilleurs qu’attendus en Bourgogne. Sur certains secteurs, la qualité des blés a cependant été pénalisée par des pluies juste avant la moisson. « Des grains ont commencé à germer sur pied, explique-t-on dans l’Allier. Près de 20 % a été déclassés. Un épisode de grêle en juin a aussi touché de grandes surfaces. »

 

En Aquitaine, « les PS sont faibles compte-tenu des problèmes de remplissage du grain en fin de cycle, ajoute un opérateur de cette région. On a aussi cassé du grain, fragilisé à cause de l’humidité. »

 

Le taux de protéine est généralement « dans la norme », sauf par endroit, notamment en Bretagne ou Normandie. Outre l’effet « dilution » lié aux bons rendements, certains agriculteurs, peu optimistes sur la récolte ou en raison de hausse des coûts, ont fait l’impasse sur le dernier apport d’azote, ou ont moins fertilisé. « La pluie a également fait défaut, limitant l’efficacité de l’apport », rapporte un technicien.

 

La récolte de blé dur est quant à elle en retrait de 30 % dans le Sud-Ouest. « 60 % de la collecte est de bonne qualité, sans mitadin ni moucheture, confie un opérateur. Le reste a été récolté après la pluie, et la qualité est dégradée : le temps de chute de Hagberg n’est pas bon pour la moitié, il y a un début de germination ». En Vendée, le rendement moyen de la culture s’établit à 70 q/ha, « avec une qualité limite en protéine ». Il est supérieur à la moyenne dans le Centre.

Le colza tire son épingle du jeu

La récolte du colza fait consensus dans la plupart des régions : une « belle surprise » en Champagne avec 40 à 50 q/ha en moyenne, ou encore une « très bonne campagne » en Rhône-Alpes. Avec un rendement de 30 à 35 q/ha dans cette zone, la culture « n’a pas vraiment été impactée par le sec grâce à un bon enracinement qui a permis de mieux résister. » Dans le Gers, « c’est la culture qui s’en sort le mieux », à 30 q/ha.

 

Le colza « tire son épingle du jeu » également en Aquitaine et a bénéficié d’une « belle floraison » dans le Pas-de-Calais, où de bons rendements sont attendus, à 48 q/ha en moyenne. Dans la Région Centre, la culture a donné des résultats satisfaisants, « mais pas aussi exceptionnels que l’an dernier », et certaines situations, labour trop profond ou sols superficiels, ont moins performé. En Bourgogne, le rendement décroche également en petites terres, à 25 q/ha, « mais on ne s’attend pas à ce qu’il soit miraculeux sur ces sols, affirme un opérateur. Ailleurs, il est monté à plus de 50 q/ha, ce qui est très bien. »

Récolte correcte en orge d’hiver

Dans le Nord de la France, les rendements de l’orge d’hiver sont « très satisfaisants », en hausse de 15 % par rapport à la normale à 95 q/ha en moyenne, mais restent hétérogènes selon les zones. La collecte est également en hausse de 5 % en Champagne, et en Bretagne aussi on attend un rendement « plutôt au-dessus de la normale ».

 

Dans la Région Centre, la récolte est « correcte à bonne » et « oscille entre 65 et 85 q/ha ». Les échos du terrain font état d’une « bonne qualité » de l’orge d’hiver, sauf quelques exceptions localement. En Vendée par exemple, la collecte s’est révélée décevante. « Le rendement est moyen, à 55 q/ha, avec un PS faible », rapporte un agent.