« Seuls 18 % des agriculteurs s’équipent correctement pour toutes les étapes de la pulvérisation », a rappelé Olivier Briand, chargé de mission sur les risques chimiques au sein du bureau en charge de la santé et de la protection au travail du ministère de l’Agriculture. C’est lors d’une table-ronde sur les EPI organisée par Axe Environnement le 3 novembre 2016 que ce spécialiste des accidents de traitement a martelé ce triste constat, pointé par le dernier rapport de l’Irstea sur la protection des applicateurs de produits phytosanitaires. « Néanmoins, on note de nets progrès dans certains domaines, précise Olivier Briant. Ainsi, en quatre ans, la proportion d’agriculteurs portant des gants pendant la préparation de la bouillie est passée de 20 à 80 %. L’arrivée sur le marché de gants résistants mais confortables a fortement contribué à cette évolution dans les pratiques. »

 

80 %

des agriculteurs portent des gants pour la préparation de la bouillie

 

Travailler sur la protection corporelle

L’objectif du ministère et de la MSA est maintenant de sensibiliser les agriculteurs à la protection corporelle, y compris pendant le traitement. « On ne part pas gagnant dans cette bataille car jusqu’à présent, les agriculteurs n’ont eu à leur disposition que des combinaisons issues de l’industrie chimique », constate Emeric Oudin, directeur général d’Axe Environnement, le leader de l’EPI sur le marché français. « Ces combinaisons à usage unique sont conçues pour le travail en atmosphère contrôlée, pas pour les journées de traitement avec 25°C en cabine et des interventions à réaliser sur la rampe, ajoute Olivier Briand. De plus, elles ont un impact très négatif sur l’image que l’agriculteur renvoie au voisinage, dans un contexte de rejet des phytos par le grand public. »

Une norme en pleine révision

« Heureusement, le cadre réglementaire va évoluer et nous sommes en train de réviser la norme ISO 27065, qui établit les exigences minimales de performance, de classification et d’étiquetage pour les vêtements de protection portés par les opérateurs appliquant des pesticides liquides », précise Olivier Briand. Cette révision va permettre de mettre sur le marché des EPI conformes aux exigences et aux contraintes de l’agriculture.

 

Et parce qu’il n’est pas question d’attendre la rédaction de la nouvelle norme pour proposer les nouvelles combinaisons, les fabricants d’EPI peuvent déjà certifier leurs produits sur la base de la future norme. Une première combinaison de travail vient de voir le jour chez Axe Environnement. Baptisée Aegis, du nom du bouclier de Zeus, elle se présente comme une combinaison de travail classique mais elle bénéfice d’un traitement de protection par effet de rétention et de répulsion. « Et surtout, vu de l’extérieur, elle peut passer pour une cotte classique, ce qui limite la pression sociétale », insiste Emeric Oudin.

 

Cette combinaison doit être portée pendant le travail. Lors de la préparation de la bouillie et du nettoyage de l’appareil, l’agriculteur devra porter en plus un tablier de protection. Après 15 cycles de lavage, Aegis ne répond plus à la norme ISO 27065 et doit être remplacée. La prise en charge de cet EPI devenu inutilisable n’est pas encore assurée par Adivalor, qui ne gère pas les textiles « mais des solutions vont se mettre en place », précise Olivier Briand.

« La distribution doit prendre ses responsabilités »

Il reste à convaincre les agriculteurs de la nécessité de se protéger et d’investir dans des EPI. Pour Emeric Oudin, « il faut compter autour de 150 €/an pour se protéger correctement en grandes cultures. On peut donc utiliser des EPI sans remettre en cause le compte de résultat de l’exploitation ». Pour les représentants de la MSA et du ministère, les messages de prévention ne suffisent pas pour inciter les agriculteurs à investir.

 

« La distribution doit prendre ses responsabilités, insiste Olivier Briand. Bien souvent, un agriculteur qui se rend au magasin de sa coopérative pour acheter des gants ou une combinaison sera confronté à un choix très limité de tailles, quand les EPI sont présents. Tant que les coops ne leur attribueront pas un emplacement de choix dans leurs rayons, avec un grand panel de choix, leur utilisation ne décollera pas. »