La production locale de soja en agriculture biologique dans le nord-ouest de la France suscite de l’intérêt, dans les zones d’élevage pour l’alimentation animale, mais aussi pour la consommation humaine. « En tendance, la faisabilité de la culture a augmenté sur les cinq dernières années, mais le risque de déficit hydrique également », souligne Cécile Le Gall, de Terres Inovia.

Gérer les adventices

En Bretagne, la chambre d’agriculture conduit des essais (sans irrigation) depuis 2016, en Ille-et-Vilaine et dans le Morbihan, où les températures et potentiels sont les plus favorables. L’un des enjeux ? La gestion de l’enherbement sur le rang, où le désherbage mécanique donne peu d’effet.

« Nous avons travaillé sur des associations (cameline, sarrasin, seigle, avoine) avec la recherche d’un compromis : couvrir le sol, notamment en fin de cycle, sans trop concurrencer le soja », explique Aurélien Dupont, conseiller à la chambre d’agriculture de Bretagne. Deux plantes compagnes se sont révélées intéressantes : la cameline, pour son faible impact sur la biomasse du soja, et le sarrasin, qui, s’il est fortement concurrentiel, a permis l’obtention d’une double récolte soja-sarrasin correcte. Un essai en microparcelles de ces deux associations a été renouvelé en 2019, à un écartement de 40 cm, pour une meilleure couverture de l’inter-rang, et à une densité de 60 grains/m2.

« La cameline s’est peu développée et a rendu un faible résultat sur les adventices, au contraire du sarrasin. Ce dernier a, cependant, eu un impact notable sur le rendement du soja, rapporte Aurélien Dupont. Les échecs sont encore fréquents : la levée des plantes compagnes est délicate, sans compter les attaques de limaces, oiseaux et lièvres. »

Dans le Maine-et-Loire, la chambre d’agriculture suit également un réseau de parcelles de soja bio depuis 2019. Comme en Bretagne, les oiseaux ainsi que les gibiers, face auxquels les effaroucheurs restent inefficaces, constituent un réel frein.

Irrigation obligatoire

« Les situations sont très différentes, chaque agriculteur ayant ses propres pratiques, constate Florence Léon, conseillère agronomie à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. L’observatoire a mis en évidence l’importance de la qualité de semis et de levée. Les pertes de peuplement restent conséquentes, c’est pourquoi nous déconseillons de descendre la densité en dessous de 60 grains/m2. » Une homogénéité de levée facilite ensuite le désherbage.

À noter que le semoir monograine entraîne moins de pertes que le semoir à céréales (30 % pour le premier contre 50 % pour le second). Le manque d’eau est, par ailleurs, préjudiciable au soja, en particulier en phase de floraison et fructification. « L’irrigation est obligatoire, surtout si la réserve utile est faible, ou le sol peu profond, ajoute la spécialiste. Il ne faut pas hésiter à irriguer jusqu’à début septembre. » Justine Papin