«Mes parents produisaient des céréales, des oléagineux et des fourrages. Sur 70 ha, ce n’était pas suffisant pour dégager un revenu. Quand j’ai pris leur suite, j’ai cherché une diversification. Après avoir fait une formation à la chambre d’agriculture, j’ai opté pour les plantes à parfum, aromatiques et médicinales », explique Évelyne Fabre, agricultrice à Orsans, dans l’Aude.

Conversion en bio

De 2018 à 2021, elle en a planté huit hectares. « J’ai choisi des parcelles en pente et peu productives, avec l’objectif de les revaloriser », précise-t-elle. Les débouchés étant plus importants en bio, elle a converti ces terres. « Aujourd’hui, j’y cultive trois espèces dans le cadre d’un contrat pour l’herboristerie, thym, origan et sarriette, et deux espèces destinées à la distillation, immortelle et lavande fine. »

Ces plantes semi-pérennes produisent durant six à huit ans. Les deux premières années, il faut désherber manuellement le rang, le temps que les jeunes plants s’installent. « Quand le climat permet de passer la herse étrille durant l’hiver, cela va bien, mais sinon, c’est plus long ! », note Évelyne, qui consacre 50 à 100 h/ha à cette tâche.

Maîtriser le désherbage

Dans l’interrang, quatre à cinq binages sont nécessaires. « J’ai adapté une bineuse en y ajoutant un épandeur afin de localiser en même temps l’engrais organique de part et d’autre du rang », précise Frédéric, son mari, qui l’aide à côté d’un emploi salarié. La récolte se fait en vrac. Les plantes sont ensuite séchées puis passées dans une batteuse s’il est nécessaire de séparer les feuilles.

 

« Pour ma première récolte, j’ai obtenu 200 kg/ha de feuilles de thym et 3,6 t/ha d’origan en plante entière », précise Évelyne. En quatrième année, elle atteindra un plein rendement. « Compte tenu des prix annoncés dans mon contrat, je table sur une marge brute de 4 000 €/ha en herboristerie. C’est quatre à cinq fois plus que celle que j’obtiens en colza ou en blé dur. »

Le coût des plants est de 2 000 €/ha pour l’origan et la sarriette, et de 5 000 €/ha pour le thym. Pour la planteuse, la bineuse et la batteuse d’occasion, le séchoir en auto-construction et la récolteuse neuve, elle a investi 34 500 €. « Avec 8 à 10 ha de plantes semi-pérennes, j’ai suffisamment de surface pour amortir ce matériel. Je ne compte pas aller au-delà pour être sûre de maîtriser le désherbage. »

En complément, elle teste deux cultures annuelles récoltées en graines, anis vert et coriandre, qui intéressent aussi son acheteur. « Cette année, j’en ai semé 5 ha. Ces cultures conviennent aux parcelles où il y a beaucoup de devers, car elles n’ont pas besoin de binage. » Et pour la prochaine diversification, elle prévoit de se lancer dans l’apiculture. « Je devrais ainsi arriver à faire face à l’érosion des primes et à dégager un meilleur revenu. »

Frédérique Ehrhard