«C’est entre la germination et le stade des 3 à 5 cm que les altises sont les plus préjudiciables pour le lin textile, constate Benoît Normand, ingénieur régional Hauts-de-France chez Arvalis. Le premier levier pour lutter contre ces insectes sera donc de favoriser une levée rapide et homogène. »

Sol ressuyé

Le spécialiste conseille de détruire les résidus de culture, de réaliser une préparation de sol fine et homogène, et de semer dans une terre réchauffée et bien ressuyée, sur la profondeur d’un fer de bêche. L’apport au semis de phosphore sous forme de DAP 18.46 favorise aussi la croissance du lin et réduit sa sensibilité aux attaques d’altises. « Un apport de 40 unités est un bon compromis entre gain de vigueur au départ et risque de verse par la suite », précise-t-il.

Malgré ces précautions, il est nécessaire de surveiller les parcelles dès l’implantation et lorsque ces insectes sont présents d’intervenir. Arvalis a élaboré une grille de décision qui prend en compte le niveau d’attaques et de population, la météo et le stade de la culture. L’institut technique a aussi testé des produits de biocontrôle qui semblent intéressants, associés ou non à des produits classiques. Leur étude va être poursuivie.

Désherbage mécanique

Le désherbage mécanique fait également partie des pistes pour réduire le recours à la chimie. « Nous testons depuis 2018 des passages de houe rotative, herse étrille et bineuse, souligne Cynthia Torrecillas, ingénieur régional Arvalis en Normandie. Nous avons obtenu des taux de destruction très intéressants avec les mercuriales annuelles ou séneçons communs. Mais pour d’autres, comme le chiendent, la morelle noire, la renouée liseron ou la véronique de Perse, ces stratégies ne sont, pour le moment, pas assez satisfaisantes. » Elles sont aussi moins efficaces sur sols battants ou humides.

Par ailleurs, la responsable d’Arvalis a noté la nécessité d’intervenir sur des adventices jeunes et de s’assurer de l’absence de pluie, avec une bonne évapotranspiration dans les 48 heures qui suivent l’intervention, pour limiter le repiquage. « Nos essais ont montré que la sélectivité des outils après un herbicide en prélevée est similaire à celle des herbicides de postlevée, précise-t-elle. Le double passage des outils mécaniques entraîne cependant une baisse de sélectivité à relativiser, car il s’agit peut-être simplement d’un réglage des matériels à affiner. »

Tolérance variétale

Et Benoît Normand d’ajouter : « Contre l’oïdium, l’utilisation de la variété tolérante Bolchoï permet de réduire le nombre de passages, mais pas de s’affranchir totalement d’une protection fongicide. Le fait de retarder la date de semis ne présente pas d’intérêt contre la maladie. Les essais avec le fongicide de biocontrôle Héliosoufre S, en deux ou trois passages, ont été très concluants. » Ce produit n’est pas encore homologué, mais il a bénéficié d’une dérogation d’utilisation de 120 jours en 2020 et 2021. Ce sera peut-être encore le cas en 2022. Blandine Cailliez