En 2014, Paul-Emmanuel Boulai quitte le monde du spectacle pour reprendre l’exploitation familiale à Azé, dans le Loir-et-Cher. Le musicien est désormais chef d’orchestre des ateliers porcins (650 porcs par an) et ovins (25 brebis), ainsi que des 100 ha de la ferme du Gorgeat, en agriculture biologique depuis près de trente ans. Il produit notamment 15 ha de colza, une culture dont la demande en bio est forte, mais dont les difficultés techniques freinent son développement en France.

Soigner le semis

« Tout se joue à la levée, explique Paul-Emmanuel Boulai. Je la maîtrise grâce à l’irrigation. Il y a souvent une période sèche en août, donc j’arrose le chaume, ce qui me permet d’être tranquille et de travailler le sol comme je veux. » Après un labour et deux passages de herse rotative, le colza est semé par une ETA entre le 15 et le 25 août. « Je mélange plusieurs variétés, dont une plus précoce, ES Alicia, qui est là pour capter les altises et épargner l’autre variété, une lignée, ES Mambo », poursuit-il.

La densité de semis est élevée, environ 6 kg/ha. « Il ne faut pas laisser de place aux adventices. J’en abîme également une partie lorsque je bine. » Un premier binage a lieu début septembre, suivi d’un deuxième passage un mois plus tard. « Cela permet une bonne gestion de l’enherbement, tout en aérant le sol. Il m’arrive de faire un faux-semis : il s’agit de trouver un compromis entre garder la fraîcheur du sol et éliminer les adventices. » L’agriculteur a également tenté d’associer son colza avec de la caméline, « mais après plusieurs années sans gel, j’ai arrêté. »

Le colza trouve sa place dans ses rotations. Loin d’être fixées, elles prennent en compte l’état d’enherbement des parcelles, tout en veillant à casser le cycle des adventices en alternant cultures d’hiver et de printemps. « Le colza est un excellent précédent pour les céréales, car il restitue l’azote », poursuit Paul-Emmanuel Boulai. Il reste exigeant en matière de fertilisation. Ses besoins sont assurés par deux apports de compost de volailles, cinq tonnes avant implantation et cinq tonnes pendant l’hiver. « Le compost de volailles est plus riche que celui de mon atelier porcin, que j’utilise pour mes autres productions », explique-t-il.

Une bonne valorisation

Le colza reste soumis aux aléas climatiques. « Je ne peux rien faire, c’est parfois un peu frustrant, avoue-t-il. L’année dernière, par exemple, il a gelé en mai, pendant la floraison. » Le rendement a été décevant, à 15 q/ha. « Je suis satisfait quand j’atteins 20 q/ha », confie-t-il.

Si la plupart des cultures de l’exploitation sont destinées à l’alimentation des animaux, ce n’est plus le cas du colza. « Avant, je le transformais à la ferme en tourteaux, mais cela me prenait trop de temps. Je le valorise mieux en le vendant à un huilier, à hauteur de 1 000 €/t. » Une petite partie de la récolte est vendue à un agriculteur voisin qui la transforme en huile, mais la majorité part chez un huilier, Monsallier, en Dordogne. Paul-Emmanuel Boulai en propose ensuite en vente directe à la ferme, avec la viande de ses élevages ou encore la farine fabriquée à partir de son sarrasin.

Justine Papin