«En 2015, nous avons introduit des vaches allaitantes en complément des laitières. En rejoignant le Gaec en 2014, j’avais amené 40 ha de plus. Pour rester autonomes, nous avons aussi réduit de 20 ha les cultures de vente au profit des fourragères, et diversifié ces dernières pour mieux nous adapter aux aléas climatiques », explique Brice Bousquet, éleveur à Mirepoix, dans l’Ariège.

Avec ses parents, Jean-Yves et Marie-Christine, et son oncle Bernard, ils élèvent désormais 60 prim’holsteins et 60 limousines sur 170 ha de surface fourragère. « Les allaitantes valorisent 40 ha de pâtures éloignées, qui étaient sous-utilisées par les laitières. Nous y pratiquons le pâturage dynamique. Les vaches ne restent que deux à trois jours dans chaque bloc, ce qui évite le surpâturage. La flore s’est améliorée, il y a plus de trèfles blancs et moins de chardons », note l’éleveur.

Dans ces coteaux séchants, les prairies souffrent l’été. Pour disposer d’un fourrage à pâturer ou à distribuer à ce moment-là, Brice a introduit du sorgho dans la rotation. Celui-ci est cultivé en dérobée après un méteil, qui fournit la base de la ration hivernale. « Ensilé, le méteil donne 9 à 10 t/ha de matière sèche et le sorgho 6 t/ha, soit 15 à 16 t/ha en tout. C’est mieux qu’un maïs à 14 t/ha, qui nécessite par ailleurs plus de frais car il faut l’irriguer. »

Brice réalise deux déchaumages avant de semer les méteils en combiné avec une herse rotative. Pour diminuer les frais, il sème un mélange fermier de 80 kg/ha de féverole et 100 kg/ha d’avoine sur 10 ha. « J’emploie aussi sur 10 ha un mélange de 50 kg/ha de vesce et pois du commerce, complété par 100 kg/ha de triticale fermier », précise-t-il. Avant le semis, il apporte 15 t/ha de fumier composté, et en cours de culture 100 u/ha d’urée soufrée.

L’ensilage des méteils se fait fin mai, après préfanage. « Nous avons notre ensileuse, et nous prenons le temps de tasser le silo. De ce fait, nous n’avons pas de soucis de conservation », relève l’exploitant. Un voisin, équipé d’un semoir direct, intervient dans la foulée pour semer le sorgho tant que le sol est encore frais. Pour rappuyer le semis, Brice passe ensuite le rouleau. « L’an dernier, le printemps était très sec, il a fallu arroser à la levée. Mais les quatre années d’avant, cela n’avait pas été nécessaire. »

Du sorgho à pâturer

Avec la chaleur, ce sorgho sucrier multicoupe pousse rapidement. « Je l’ensile mi-septembre. Durant l’été et l’automne, je distribue au pré l’ensilage de l’année précédente, dans lequel j’ajoute des vitamines et des minéraux pour être sûr que chaque vache en consomme. J’ai ainsi amélioré la préparation aux vêlages, qui démarrent en septembre. »

Afin de faire face aux années sèches, Brice s’est fixé l’objectif d’avoir un an et demi de stocks. « Aujourd’hui, j’y suis arrivé. L’an prochain, je commencerai à faire pâturer 10 ha de sorgho. Au sein du groupe de fermes Dephy, animé par la chambre d’agriculture, nous avons calculé les coûts en fonction du mode de récolte. C’est le pâturage qui revient le moins cher », remarque l’agriculteur.

Dans la rotation, le maïs reste indispensable pour les laitières. Mais en coteau, il favorise l’érosion. « Nous prévoyons de le remplacer en partie par du sorgho en culture principale. Cette année, nous en avons implanté 5 ha. Avec deux tours d’eau au lieu de cinq pour le maïs, nous avons obtenu 10 t/ha de matière sèche ». Il reste à voir, cet hiver, si l’ensilage de sorgho complété par de l’orge a une valeur alimentaire équivalente à celle de l’ensilage de maïs. « Dans l’assolement, nous prévoyons aussi d’augmenter la part de la luzerne, qui repousse bien l’été, pour peu qu’il y ait quelques orages. Tout cela sécurisera notre autonomie fourragère. » Frédérique Ehrhard