Quand Vincent et Hélène Augereau sont passés à l’agriculture biologique, en 2016, l’organisation de leur exploitation en polyculture-élevage a été transformée. Le couple, installé sur 300 ha à Villaines-sous-Lucé (Sarthe), a fait de la diversification la clé de réussite de leur conversion : une rotation allongée pour gagner en autonomie, et un pari sur le chou à choucroute pour apporter de la valeur ajoutée.

« Avant, nous étions en semis direct à 100 %, avec uniquement des cultures d’automne, explique Vincent. En bio, il n’y a plus de rattrapage possible avec la chimie, alors nous nous sommes diversifiés. Aujourd’hui, les cultures de printemps ont été ajoutées. » Les prairies et la luzerne ont également intégré la sole. « D’une part, nous sommes en autonomie alimentaire, quand auparavant nous achetions un correcteur azoté, poursuit l’agriculteur. Et, d’autre part, ce sont de bons précédents pour ramener de la protéine au blé meunier. Nous avons même vendu de l’enrubanné de luzerne. »

Si le chanvre fibre était déjà présent sur l’exploitation, le chanvre grain a fait son apparition à la faveur d’un contrat avec un nouvel opérateur, qui le transforme en yaourt. Mais la nouveauté reste le chou à choucroute, cultivé sur 6 ha. « Le désherbage, comme la récolte, se font à la main. La main-d’œuvre reste une contrainte, qui demande du temps et de l’organisation. » En plus de leur salarié, Vincent et Hélène font appel à des saisonniers en période de forte activité. Pour soulager la charge de travail, le troupeau de charolaises et salers est en phase de diminution, et le couple a décidé de céder 80 ha de parcelles éloignées pour se recentrer sur le siège.

Retour de la charrue

Depuis le passage en bio, la charrue a retrouvé sa place dans le système, pour maîtriser les adventices dans les cultures d’automne. Le faux semis et les couverts sont, quant à eux, toujours mis en œuvre. « On nourrit le sol comme on nourrit les bêtes, confie l’agriculteur. Tout est couvert en hiver, sauf le maïs et le chou, où le salissement est plus difficile à gérer. » Le mode de destruction a cependant été adapté. « Avant, je broyais, mais le jus et le sucre étaient perdus, ajoute-t-il. Les micro-organismes ont besoin de manger. Désormais, je me contente donc d’enfouir. »

Le bilan est positif. « L’EBE n’a pas changé, affirme Vincent. Certes, les rendements ont baissé, mais la valorisation derrière est meilleure. Les charges sont aussi différentes. Il y a moins de mouvements de matière et plus de frais de matériel. Et la main-d’œuvre représente un tiers des charges du chou. »

Justine Papin