Depuis qu’il a repris l’exploitation de son frère aîné en 2005, Roland Sauvage, quarante-quatre ans, opère des changements réguliers. Il a d’abord augmenté la SAU et le nombre de charolaises, passant de 90 à 133 hectares et de 35 à 86 têtes. Depuis 2016, il tente la culture du lupin d’hiver sur 2 ha, épaulé par la chambre d’agriculture, qui mène des essais variétés en partenariat avec Terres Inovia (lire l’encadré). « Cela me permet de bénéficier d’un appui technique utile dans cette phase de découverte », introduit l’agriculteur.

L’idée a germé à la suite d’un constat. « Le soja non OGM pour alimenter mes vaches est cher, explique Roland. Et j’achète toutes les protéines, dont du tourteau de colza. Mon objectif est de trouver une alternative avec un protéagineux pour réduire mes coûts. Le pois est très bien, mais pas très riche en protéines. Mon voisin cultive de la féverole, or les maladies pénalisent le rendement à hauteur de 4-5 q/ha. Le lupin a moins de soucis, en dehors de sa sensibilité aux adventices en début de cycle, ce qui nécessite un traitement de prélevée à l’automne (Cent 7 et Baroud). Puis, mais pas systématiquement, l’emploi d’un antigraminées au printemps en cas de repousses de céréales. » L’agriculteur note toutefois la problématique chardons : « J’ai pensé à utiliser l’écimeuse, car nous ne disposons pas de phytos antichardons pour lupins, mais il n’y en a pas dans la région. »

Une culture simple

Roland Sauvage se donne encore deux à trois ans pour se fixer sur la pérennité du protéagineux sur son exploitation. « Je cultive du lupin d’hiver pour remplacer, à terme, le colza et le tournesol, confie-t-il. Le colza rapporte, mais est gourmand en temps, notamment en termes de surveillance à la levée. Le lupin est décalé par rapport aux autres et ne m’impose pas de travailler en août… quand je pars en vacances ! Mais je ne le conserverai que si les résultats sont bons. »

Cela semble bien parti, notamment parce que c’est « une culture simple et sans problème, les charges opérationnelles sont très faibles. Je n’applique ni insecticide, ni fongicide », s’enthousiasme Roland. De plus, le lupin ne nécessite pas d’apport d’azote grâce à ses nodosités racinaires. Cependant, phosphore et potassium sont recommandés.

Il faut également surveiller les limaces, jusqu’au stade 2 feuilles, « mais ce risque est nul cette année ». En revanche, l’agriculteur a observé que les racines des plantules sont sectionnées par endroits sans en connaître la cause. Ce qui ne l’a pas empêché d’atteindre un rendement acceptable : « 23 q/ha en 2017, avec une densité moindre, mais beaucoup plus d’étages. Puis, 19 q/ha en 2018 car, d’une part, la densité plus élevée a pénalisé le nombre d’étages et, d’autre part, parce qu’un coup de gel a détruit ce qui était à l’ombre d’un bois. J’ai calculé qu’il faut que j’atteigne 25 q/ha pour avoir de meilleurs résultats qu’avec un colza. » Il n’en est pas loin.

Isabelle Lartigot