Passionnés de semences, Arnaud et Anne-Gaëlle Lespagnol ont logiquement souhaité multiplier des cultures quand ils se sont installés à Nohant-en-Goût, dans le Cher, en 2002. Les époux ont eu l’opportunité de monter un atelier de soixante mères charolaises. Aujourd’hui, un tiers des 300 hectares de l’exploitation sert à la production de fourrage, un peu plus d’un tiers à celle de semences et le reste à la production de blé et tournesol.

Malgré l’absence de l’irrigation, l’assolement des cultures porte-graines est varié. La luzerne est très présente sur l’exploitation, aussi bien en culture fourragère qu’en semence. Mais, il y a quatre ans, Arnaud Lespagnol a appris que le diquat, utilisé dans le Réglone 2, un défoliant chimique, risquait d’être retiré du marché. Il l’utilisait en particulier pour la luzerne, le persil ou le trèfle. Il a donc essayé, avec un groupe d’agriculteurs du secteur, de trouver des solutions mécaniques.

En tant qu’éleveur, l’exploitant est équipé en matériel de fenaison. Pour le défanage des porte-graines, il fait un test avec sa faucheuse à assiette de 3 mètres. Il pose des déflecteurs pour serrer la luzerne en andain, et des roues étroites sur le tracteur pour ne pas rouler sur l’andain. Fin août, il fauche, laisse sécher deux à trois jours, puis reprend l’andain à la moissonneuse, avec une barre de coupe équipée de relève-épis. « C’est un procédé qui fonctionne pour la luzerne, explique Arnaud. Il est nécessaire de passer à l’inverse du sens de fauche. Mais pour les cultures à faible densité ou basses, comme le radis ou le trèfle incarnat, le taux de perte de graines au sol est plus important. Il peut aller jusqu’à 25 %. Il faut alors prévoir un tapis ou un pick-up de récupération. »

En parallèle, l’agriculteur teste avec la Cuma de Monfaucon une faucheuse frontale pour les cultures hautes. Agathe Joffre, ingénieur à Fnams Centre, détaille les résultats : « Sur luzerne, la perte au sol est inférieure à 5 %, ce qui est tout à fait acceptable, et la qualité germinative n’est pas altérée. Le séchage au soleil est beaucoup plus rapide qu’une dessiccation chimique, deux à trois jours à la place de cinq à huit jours. Face aux épisodes pluvieux de septembre, il est plus facile d’intervenir, mais il faut arriver au bon stade pour éviter l’égrainage ».

Un coût plus important

Autre atout de la fauche mécanique : elle améliore le battage. Avec une dessiccation chimique, le taux d’humidité dans la batteuse est de 35 %. Avec un séchage naturel, il est de 10 %.

En termes de durée de chantier, la coupe mécanique est beaucoup plus longue : 2 hectares à l’heure pour la faucheuse, contre 20 ha/h pour le pulvérisateur. Les sept multiplicateurs de semences de la Cuma réfléchissent à investir dans une faucheuse. Une machine portée pourrait revenir à 30 000 euros. « En comptant un amortissement sur sept ans sur 100 hectares, la prestation avec chauffeur pourrait revenir à 62 €/ha, plus de 100 €/ha avec une automotrice… Alors que le défoliant et le passage de pulvé sont autour de 46 €/ha », calcule Arnaud Lespagnol.