«J’ai lancé le processus de conversion fin 2014, après une formation à l’agriculture bio réalisée en novembre de la même année », explique Catherine Hennebert, installée depuis 2004 aux Cent-Acres, en Seine-Maritime, sur 90 hectares de grandes cultures. Dans ce pays de « l’entre Bray et Caux », l’agricultrice, qui a été adhérente à un groupe de développement agricole cherchait depuis des années à réduire ses applications phytosanitaires. Elle s’est intéressée tout d’abord à l’agriculture intégrée, une pratique qui n’est pas économiquement intéressante dès que le prix du blé est supérieur à 150 €/t. Cette réflexion l’a conduite à envisager une conversion à l’agriculture biologique.

Cependant, l’exploitante voulait se laisser du temps pour apprendre à maîtriser les nouvelles techniques et acquérir une nouvelle façon de raisonner. Après des études réalisées avec le groupement régional de l’agriculture biologique et la coopérative Biocer, elle a fait le choix de la mixité des systèmes, en convertissant en mai 2015 un premier îlot de trois parcelles, pour un total de 30 hectares. Si tout se passe bien, elle lancera l’année prochaine la conversion du deuxième îlot de l’exploitation, et le dernier tiers en 2021. Compte tenu des trois ans de conversion, bio, conventionnel et parcelles en conversion cohabiteront sur l’exploitation jusqu’en 2023. D’ici là, cette mixité l’empêchera, en lien avec la réglementation, de cultiver la même année la même espèce dans l’un et l’autre de ses systèmes. Chaque année il faudra choisir. Pour la récolte de 2017, les surfaces en troisième année de conversion sont occupées par de la luzerne, du triticale et de l’orge d’hiver. En conventionnel, Catherine a conservé le blé, le lin textile, le maïs fourrager pour la Ferme des Bisons située à 3 km, et le colza.

Caméline et lentillon

« Je suis actuellement en troisième année de conversion et mes cultures ne sont valorisées qu’en alimentation animale, explique l’agricultrice. J’ai donc opté pour des espèces fourragères. L’an prochain, je serai certifiée bio, mais finalement je laisserai le blé dans la partie conventionnelle pour le moment. En bio, je cultiverai un mélange de cameline-lentillon, qui est bien valorisé, et du triticale derrière ma luzerne. »

Les choix d’espèces se feront ainsi tout au long de ces années de conversion progressive, sur la base de la plus-value apportée par la filière bio, de celle apportée pour les cultures en conversion, et des aspects agronomiques, salissement et fournitures d’azote. « Je ne suis pas inquiète, en Seine-Maritime nous avons la chance d’avoir un climat et des sols qui nous permettent de réaliser beaucoup de cultures différentes, souligne-t-elle. En bio, il existe une grande diversité de cultures possibles et de nouveaux marchés se créent. »