«Dans les pois chiches, j’arrive à réduire les ray-grass résistants, ce qui me permet de semer ensuite les blés durs dans des parcelles plus propres. Je préserve ainsi leur potentiel de rendement », explique Bérenger Carrier, qui exploite 330 hectares à Saint-Thibéry, dans l’Hérault. En 2016, sur 90 ha irrigués, il cultive des semences de maïs, colza et tournesol, du maïs consommation, ainsi que du sorgho en dérobé derrière pois. Sa sole non irriguée compte 200 ha de blé dur et 40 ha de pois chiche. « Je mets les pois chiches en tête de rotation dans les bonnes terres, où j’obtiens 50 à 55 q/ha de blé dur », précise Bérenger. Il les implante entre mi-décembre et mi-janvier, après avoir fini les semis de blé dur. Deux déchaumages suffisent à préparer le sol. « Je n’apporte pas d’engrais, et je réalise un désherbage en postsemis avec de l’aclonifen (Challenge 600) à 3 1/ha », explique-t-il. En culture, il a dû faire un fongicide contre l’anthracnose en 2013, et deux insecticides contre l’héliothis en 2015.

Charges réduites

Le port dressé du pois chiche et l’absence de verse et d’égrenage facilitent sa récolte. « Je le moissonne fin juillet, après les blés durs », poursuit Bérenger. Les bénéfices de la rotation se font sentir dans le blé dur suivant. La culture de pois chiche affine la structure du sol. « Ses résidus de récolte se défont facilement. Un coup de déchaumeur suffit pour préparer le semis du blé dur, constate-t-il. Et sa levée est meilleure que derrière blé. »

La légumineuse laisse au sol 40 u/ha d’azote. C’est autant de moins à apporter sur le blé dur suivant : « J’économise aussi sur le désherbage. Lorsque les graminées ont été bien nettoyées, je ne fais qu’un antidicotylédones. » Jusqu’à présent, Bérenger n’a pas eu de piétin échaudage et il mise sur la rotation, qui casse le cycle de ce champignon, pour éviter d’en avoir.

Les besoins en eau du pois chiche sont modérés, mais la pluviométrie conditionne malgré tout le rendement. « En 2013, j’ai obtenu 25 q/ha. Avec un prix de vente de 400 €/t, c’était intéressant », note t-il. En 2014, une forte sécheresse a réduit le rendement à 18 q/ha. En 2015, le potentiel s’annonçait excellent. « J’espérais 30 q/ha, mais j’en ai perdu la moitié à cause de l’héliothis. »

Malgré ce résultat en demi-teinte, Bérenger persévère, car avec 400 mm de pluies par an, il a peu d’alternatives pour faire une rotation. « Le blé dur dégage une meilleure marge que le pois chiche, à condition que rendement et prix soient au rendez-vous. Le rendement du pois chiche varie, mais le prix, lui, est garanti par contrat avec ma coopérative. À 400 €/t, je vais continuer à en faire ».Frédérique Ehrhard