Céréalier installé à Baugy, dans le Cher, depuis 1983, Éric de Lammerville est en phase de reconversion vers l’agriculture biologique. Le potentiel limité de ses terres argilo-calcaires avec quelques zones plus limoneuses, combiné à des prix bas, l’a conduit à franchir le pas en 2010, pour une première fraction de 88 hectares. En 2015, l’exploitant a entamé la phase de transition sur une nouvelle partie de 89 ha. Les 64 ha restants, composés pour l’essentiel de terres de fond de vallée, plus limoneuses, sont consacrés au maïs en sec conventionnel.

A la ferme de Montifaut, la flore adventice est dominée par le vulpin et la folle avoine, pour les graminées, et une plus grande diversité parmi les dicotylédones, avec des véroniques, des pensées, du gaillet, des géraniums... « Dans un premier temps, j’ai éliminé le colza, tête de rotation classique en Champagne berrichonne, mais quasi impossible à conduire sans produits phyto, déclare Éric de Lammerville. J’ai introduit la luzerne fourrage sur 23 ha. Puis, petit à petit, j’ai testé des cultures de printemps. »

C’est ainsi que la féverole a été essayée en 2012, mais une mauvaise levée, due au printemps sec, s’est conclue par un échec (6 q/ha). Les trous ont été vite comblés par les mauvaises herbes, devenues incontrôlables. Face à ce genre de difficulté, l’agriculteur opte désormais, en partie, pour des mélanges céréales plus protéagineux. Fin octobre 2015, par exemple, il a installé un mélange de féverole d’hiver et d’avoine blanche (200 kg + 50 kg) et un second, composé de pois d’hiver et d’orge d’hiver (180 kg + 50 kg).

« La densité de semis peut paraître élevée, mais le but est d’occuper le terrain et de concurrencer les adventices, explique Éric de Lammerville. Par ailleurs, l’introduction de l’avoine blanche, aux propriétés allélopathiques, vise à empêcher les levées. À première, vue cela fonctionne : le mélange est demeuré nettement plus propre que celui avec orge, à tel point qu’aucune intervention mécanique n’est prévue en sortie d’hiver. »

Interculture : déchaumages à répétition

Sitôt la récolte du précédent terminée, l’agriculteur déchaume une première fois superficiellement, à l’aide d’un Actisol équipé des ailettes. Chaque nouvelle levée d’adventices est détruite par un passage supplémentaire, tout en descendant un peu plus profondément, méthode censée épuiser les chardons.

Courant septembre, les terres sont labourées, puis laissées en l’état, dans l’attente d’une reprise superficielle un mois plus tard. Le semis de blé (Renan et Skerzzo) est effectué fin octobre, à la densité de 450 graines au m² et un écartement de 13 cm. La parcelle est laissée en l’état sans roulage.

« Ensuite, j’attends l’émergence du blé et des mauvaises herbes, dont le vulpin, qui présente l’avantage d’avoir des levées groupées d’automne, poursuit Éric de Lammerville. Si la météo est favorable - temps sec pendant plusieurs jours et vent d’est -, j’interviens entre le stade 1 et 2 feuilles du vulpin avec une herse étrille de 12 mètres. Au-delà de ce stade, l’efficacité diminue nettement. »

En avançant entre 3 et 4 km/h, le débit de chantier est correct, et les pertes de blé ne dépassent pas 10 % quand les dents sont réglées en position fuyante. Le travail est identique avec le triticale, plus couvrant que le blé, ce qui gêne les adventices. « En revanche, la folle avoine est beaucoup plus difficile à combattre, constate Éric de Lammerville. Elle lève à plusieurs époques et possède une vitesse de croissance importante, qui l’amène rapidement à concurrencer la culture. Contrairement aux chardons, présents en nombre, mais moins envahissants. »

Pour cette raison, l’agriculteur a préféré retarder la date de semis de certains blés en troisième décade de novembre. Il s’ensuit un salissement nettement inférieur, mais la probabilité de pouvoir désherber mécaniquement en bonnes conditions régresse également.

Fin mars, 2 tonnes de fientes de volailles par hectare sont épandues dans les parcelles les plus caillouteuses. La herse étrille est passée dans la foulée, afin d’améliorer la répartition et d’éliminer les levées d’adventices printanières. Avec, toutefois, le risque d’initier de nouvelles germinations.