Le système bas niveau d’intrants, étudié dans l’essai de la Cage (du nom de la parcelle entourée de haies dans le parc du château de Versailles), a permis de maintenir, sur la rotation, la même marge qu’en système productif. Et ce, tout en baissant de 41 % l’indice de fréquence de traitement (IFT) en blé et de 46 % en colza.

« La baisse des IFT est forte, mais inférieure à 50 %, regrette Jean-Marc Meynard, directeur de recherche à l’Inra. Elle aurait pu être plus importante si on avait opté pour le désherbage mécanique ou l’allongement de la rotation, ce qui n’était pas prévu dans les règles de décision du départ. » Les rendements ont baissé en moyenne de 9 % (7 q/ha) en blé et de 19 % (4 q/ha) en colza.

Le système de semis sous couvert vivant en 1997 au moment de l’implantation était encore mal connu, et l’essai a permis de mieux le cerner. Au final, cette technique ne fonctionne pas (rotation maïs-blé-pois-blé puis colza-blé-pois-blé). Si elle permet la réduction du temps de travail, de la consommation d’énergie fossile, le stockage du carbone et une meilleure activité biologique du sol, les marges ont fortement chuté, notamment en raison de la compétition du couvert (fétuque rouge au départ, puis luzerne) vis-à-vis de la culture de vente. « De plus, ce système reste très dépendant des herbicides et, en particulier, du glyphosate, ce qui n’est pas acceptable », estime le chercheur.

Le système grande culture bio en rotation courte (luzerne-luzerne-blé-blé) a offert la meilleure marge de l’essai, « grâce au prix du blé bio, mais également aux rendements élevés obtenus en blé de luzerne, précise l’expert. La rentabilité serait améliorée si on utilisait la luzerne en alimentation animale ou pour l’extraction de protéines… » Seule la deuxième coupe (sur trois) est pour l’instant valorisée. « D’autre part, il serait intéressant de le comparer à une rotation longue. »

En quête de rupture

Ces essais, basés sur des systèmes à bas niveau d’intrants ou sous couvert végétal, étaient considérés « en rupture » en 1997. Aujourd’hui, ils ne le sont plus. Il est nécessaire de viser plus loin. Selon le spécialiste, « il est essentiel de réserver l’expérimentation à des systèmes très innovants afin de continuer à produire des références sur ceux qui n’existent pas chez les agriculteurs. »

Florence Mélix

Expert
« Que du zéro phyto en expérimentation »

« Pour les prochaines expérimentations mises en œuvre par la recherche publique, il faudrait davantage lier les pratiques aux impacts. Même si on parvient à réduire de 50 % l’IFT en phyto, nous serons encore loin des objectifs en termes de qualité de l’eau (et bientôt de l’air). Il est ainsi primordial d’aller vers une plus grande rupture dans les expérimentations « systèmes de culture ». Tout d’abord, en passant de l’échelle de la parcelle à celle du territoire pour intégrer les régulations qui s’opèrent au niveau du paysage. Ensuite, en lançant des essais uniquement en zéro phyto. Cela doit devenir la « norme » à laquelle d’autres enjeux, selon le territoire, doivent se greffer comme la diminution de l’érosion ou la gestion quantitative de l’eau. L’agriculteur vise plusieurs objectifs, les chercheurs doivent faire de même. »

Lionel Alletto, chargé de mission agronomie-environnement à la chambre d’agriculture Occitanie.

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