Il y a un an, La France agricole (1) avait publié un de mes courriers, où il était question de verdir la terre avec l’agriculture de conservation. On peut véritablement changer la couleur de la campagne en ne laissant aucune terre nue – celle-ci étant synonyme de peu de vie – et en semant des couverts pour verdir la couleur de la campagne, comme le montre cette vue prise depuis une hauteur surplombant ma ferme.

Ci-dessous, vous avez une photo de chez moi « avant », en février 2009. Depuis un coteau, on voit la ferme où j’habite, avec des parcelles marron tout autour : des parcelles labourées, qui ont été semées en maïs en avril 2009. Il y avait aussi du blé, mais on ne le voit pas. Je faisais alors, au niveau de l’assolement, cinq ans de maïs, puis un an de blé. La campagne est marron, couleur de terre nue. « Avant », c’était avant le passage à l’agriculture de conservation.

« Après », sur deux autres photos, de mars 2021, vous reconnaissez la même maison dans la plaine de la basse vallée de l’Ariège, mais la différence, c’est que tout autour c’est tout vert partout. La haie du chemin menant à mon exploitation ayant poussé, il faut donc deux photos pour montrer le même paysage et comparer (une de chaque côté de la haie). En faisant en plaine trois ans de maïs, puis deux ans en blé dur, ou en orge avec du tournesol en dérobée, il y a, déjà à cette époque de l’année, le vert des blés ou de l’orge. Il y a aussi le vert des couverts de féverole-phacélie ou de vesce-pois fourrager couvrant les futurs champs de maïs. La couleur des parcelles que je cultive a changé ! Si ce n’est pas tout à fait vert à certains endroits, mais plutôt jaune clair, c’est dû à un couvert d’été sorgho piper, garni de repousses de blé, toujours en place mais broyé, et qui avait gelé fin octobre. D’où cette couleur paille.

Verdir la terre, ce n’est pas tout de le dire, il faut le faire. Plein de gens en agriculture de conservation le font. Une campagne plus verte, c’est une campagne qui stocke plus de carbone, c’est une campagne qui peut enrayer le changement climatique, c’est une campagne plus gaie, une campagne plus saine, une campagne avec des sols vivants.

(1) N° 3868, du 11 septembre 2020.

par Alain Duphil Tramesaygues (Haute-Garonne), au confluent de l’Ariège et de l’Hers

Avant le passage en agriculture de conservation. Février 2009. © DR
Après. Mars 2021. © DR
Après. Mars 2021. © DR