« Le désarroi ressenti dans les secteurs agricole et alimentaire est le même que celui dans l’automobile avec l’aspect carbashing. Qu’est-ce que l’on a fait pour être, en permanence, traités de pollueurs ? La réglementation européenne nous impose une nouvelle norme sur les émissions de dioxyde de carbone à partir de 2020. Mais avec le “dieselgate” survenu il y a quatre ans avec l’affaire Volkswagen, le diesel a été remplacé par l’essence. Or, un véhicule essence émet 15 % de CO2 en plus qu’un diesel. Donc les émissions de CO2 ont augmenté.

Le client va-t-il suivre ?

Et c’est là que l’on rejoint le débat sur l’agriculture. Cette transition écologique, il faut l’opérer. Mais nous faisons face à deux problématiques : le rythme et les mesures d’accompagnement.

Nous sommes dans un contexte où la transition nécessite un système cohérent, impliquant le consommateur. Or, dans notre cas, les véhicules électriques – la seule solution pour zéro émission – sont plus chers. Le client va-t-il suivre ? C’est une transformation très forte et très rapide. Un énorme débat sociétal doit avoir lieu pour savoir comment répartir l’effort entre les différents acteurs pour financer cette transition. La réglementation ne peut pas être la solution à tout. L’écart entre la réalité et celle-ci est si important, que plus personne n’y comprend rien.

Sur le plan alimentaire, il existe en France un dispositif de sécurité sanitaire performant. Et si le risque zéro n’existe pas, tout est déjà très contrôlé. À l’Anses, j’ai vu monter la méfiance autour des risques dits chroniques, invisibles, liés à des expositions à de très faibles doses, mais aussi autour des effets cocktails. Et sur ces deux points, nous sommes de plus en plus démunis.

Dire les incertitudes

Il existe un besoin de garanties, y compris dans le domaine de l’innovation. Il s’agit aussi de s’assurer que, jamais, aucune des choses développées à l’heure actuelle ne présentera un risque à l’avenir. C’est une attente légitime, mais elle est inatteignable. Il n’y a donc pas d’autres choix aujourd’hui que de miser sur la transparence et de dire aussi ce que l’on ne sait pas.

Je suis, par ailleurs, marqué par le fait que nous avons, en France, beaucoup de mal à dialoguer entre parties qui ne sont pas d’accord entre elles. Il faut pouvoir travailler ensemble de façon constructive, ce qui n’est pas le cas pour les pesticides. Ce n’est pas en définissant, au niveau national, une bonne distance pour les zones non traitées que cela va fonctionner. Ces sujets nécessitent de s’appuyer sur un dialogue de proximité.

Maître des innovations

La transition écologique dépend aussi des filières. Je pense que, parfois, un manque de structuration pénalise les agriculteurs. Mais il n’existe pas de solution unique pour répondre aux attentes très diverses des consommateurs.

Dans le monde automobile, le véhicule électrique à batterie est, pour certains, la solution unique. La vérité est que nous n’avons pas une solution pour tous les usages. Sur ce point, il apparaît d’ailleurs fondamental de nous laisser la liberté des technologies. C’est, en effet, grâce aux innovations technologiques que nous pourrons y arriver. »

Propos recueillis par Rosanne Aries

(1) Marc Mortureux est désormais directeur général de la Plateforme automobile (PFA).