Benoît Lavier, président de l’Apad (Côte-d’Or)

Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, a annoncé, le 29 août, que la France voterait contre le renouvellement de l’autorisation du glyphosate en Europe. Alors que les États généraux de l’alimentation débutent à peine, le climat de peur à l’égard de la chimie, entretenu par une campagne intense de lobbying, semble l’avoir emporté sur un débat rationnel sur l’agriculture et ses missions. Les associations écologistes jubilent, tandis que les organisations agricoles s’étranglent et plaident… pour l’agriculture de conservation.

L’Apad (Association pour la promotion d’une agriculture durable) se réjouit sincèrement que de très nombreuses structures agricoles soutiennent enfin ce système agricole et reconnaissent ses bénéfices. Mais attention aux dérives et amalgames : l’agriculture de conservation des sols n’est pas le porte-étendard ou l’alibi de l’utilisation de la chimie en agriculture. Bien au contraire !

Au cours des soixante dernières années, grâce aux progrès technologiques, à la Pac et au dynamisme de ses agriculteurs, l’agriculture française a extraordinairement évolué et a permis que la France ne connaisse plus la faim. La liste des attentes s’est complétée de celles environnementales légitimes : préservation de la ressource en eau, recherche de davantage de biodiversité, lutte contre le changement climatique ou l’érosion… Partout, en France, des agriculteurs copient la nature en couvrant leurs sols toute l’année, en veillant à la diversité des plantes cultivées. Ainsi, le sol retrouve une activité biologique intense et une meilleure fertilité. Les attendus de la transition écologique suivent : réduction des consommations d’énergie, suppression de l’érosion, augmentation de la biodiversité en maintenant les rendements et en améliorant les revenus.

L’agriculture de conservation des sols représente une voie de durabilité réconciliant production et respect de l’environnement. Les 500 agriculteurs de l’Apad et bien d’autres l’ont compris. En cela, elle est une troisième voie pour l’agriculture.

Attention aux conséquences : en supprimant un outil utilisé raisonnablement, le gouvernement sera responsable d’un retour à un travail du sol accru, qui dégrade les sols et détruit les processus de régulation biologique, entretenant ainsi le besoin de recours aux pesticides, sans compter les émissions de gaz à effet de serre et l’érosion.

Ainsi, paradoxalement, cette décision risque d’avoir des conséquences contre-productives pour les agriculteurs, la société et l’environnement. Les systèmes agricoles basés sur les sols vivants doivent être évalués sur leurs résultats, pas sur leurs moyens. Ils peuvent et doivent encore être consolidés et améliorés, avec l’aide de la recherche, notamment pour des solutions alternatives aux pesticides. Les pouvoirs publics peuvent contribuer à la diffusion de ces systèmes, en encourageant les agriculteurs par le paiement des services écosystémiques.

N. B. : Pour échanger sur les systèmes de conservation des sols, les agriculteurs de l’Apad vous invitent sur leurs fermes lors des Journées du patrimoine sol, les 15, 16 et 17 septembre prochains.