EMMANUEL Bourgy (INDRE)

Dans l’Indre, la situation devient catastrophique, notamment du fait de plusieurs facteurs  :

● – La non-conformité des agrainages en forêt qui sont devenus, sur certaines propriétés, du nourrissage en plein air (exemple : sur trois territoires de 1 500 ha au total, on estime que plus de 35 à 40 t d’aliments par an sont distribués (maïs, déchets, fruits, etc.) (données collectées chez des coops, négoces, agriculteurs…).

Un déséquilibre de la « ration » alimentaire du sanglier par du nourrissage intensif à base de protéines végétales et une compensation vers des protéines animales (vers, souris, etc.) que l’on retrouve sur des exploitations avec des prairies, en semis direct, en agriculture biologique, avec de forts taux de matière organique. D’où des dégâts sans commune mesure, renforcés par un manque de ressources alimentaires de type naturel dans les bois, landes…

Des chasses commerciales ou de « loisirs à tableau » dont le but est de maximiser le nombre de sangliers sur un territoire pour réaliser des tableaux (tuer un maximum de sangliers 2 à 3 fois/an et un maximum à chaque journée). Est-ce encore de la chasse à ce stade ? Nombre de chasseurs sont en opposition avec ce type de pratiques en milieu ouvert. Le problème de ces concentrations est que des territoires n’ont pas ou peu de sangliers quand d’autres les accumulent, provocant des dégâts très importants, jamais observés jusqu’à présent sur les exploitations agricoles qui bordent ces chasses commerciales à tableau. (Un exemple actuel : 200 à 250 sangliers sur 500 ha quand, traditionnellement, il y avait de 40 à 80 sangliers. On passe de 0,08-0,16 à 0,5 sanglier/ha/an)

Le changement climatique qui modifie de manière assez flagrante les cycles de reproduction, avec un niveau de prolificité et de survie très important, renforcé par une alimentation artificielle soutenue.

– Des milieux qui se referment (enfrichement) et/ou non chassés, qui deviennent des lieux de quiétude durant les périodes de chasse, avec des concentrations importantes (propriétés privées ou publiques comme les réserves naturelles), et dont les sangliers repartent puis se répartissent à nouveau hors période de chasse.

Une politique de la Fédération des chasseurs (FDC) de ne pas faire le ménage dans ses rangs, qui minimise régulièrement le phénomène d’augmentation des sangliers et surtout les pratiques de certains de ses membres. Elle préfère payer des dégâts et rejeter les responsabilités sur autrui (fourniture des clôtures électriques par la FDC, mais pose et entretien à la charge le plus souvent des exploitants agricoles, avec des résultats de plus en plus mitigés). Elle prétend être solidaire du monde agricole quand par ailleurs elle refuse d’indemniser les agriculteurs à la hauteur réelle de leurs préjudices (prairies, agriculture biologique…) sans compter les casses de matériels, etc.

Des services de l’État (DDT, ONCFS…) bien conscients des problèmes, mais qui laissent ces problèmes à la Fédération des chasseurs plutôt que de mettre fin à certaines pratiques et jouer leur rôle de pouvoirs publics (battues administratives…).

Bref, tous les ingrédients sont réunis pour se retrouver dans une situation (déjà) incontrôlable si rien n’est fait très rapidement de la part des pouvoirs publics et de la profession agricole…