«On ne changera pas l’agriculture sans les agriculteurs », a cru nécessaire de préciser Yannick Jadot sur France Inter ce dimanche 5 septembre, lors du premier débat « officiel » entre les candidats à la primaire des écologistes. La campagne présidentielle est lancée. A-t-elle seulement jamais cessé ? Réaction ensuite des autres partis sur les ondes de la radio : « Les meilleurs écolos, c’est nous. » À gauche comme à droite, l’écologie sera un thème central. Tout comme la question du bien-être animal. Les orateurs n’oubliant pas de préciser que nous devons dans le même temps préserver notre autonomie alimentaire. Ces prises de paroles ignorent cependant plusieurs éléments essentiels.

Tout d’abord, les agriculteurs français consentent déjà des efforts permanents pour s’adapter aux nouvelles exigences de la société : la fin programmée de l’usage du glyphosate en France vers 2023, la fin de la castration à vif des porcs en janvier 2022, la fin des cages prévues par l’Union européenne en 2027, etc.

La deuxième question qui se pose est simple : qui paiera ? La fin du broyage des poussins en 2022 en France et en Allemagne est tout à fait estimable. Mais qui réglera le surcoût par œuf ? Sans parler des risques de délocalisation vers des pays moins regardants sur le bien-être.

Troisième risque : les fausses bonnes solutions. Selon ses zélateurs, les substituts végétaux à la viande vont « libérer la planète » et les animaux. Le fondateur d’Impossible Food, entreprise américaine qui a le vent en poupe, précise toutefois : « Seuls le capitalisme et le marché peuvent changer les choses. » La diffusion de ces produits s’appuie déjà sur les chaînes de fast food.

Quant aux substituts de viandes cellulaires obtenues en laboratoire à partir de cellules souches, l’une des pre­mières usines de fausse viande de poulet devrait être inaugurée en 2023 en zone franche au Qatar (lire « Viande cellulaire dans le désert » sur cette page).

Où sont les agriculteurs là-dedans ? Sont-ils des partenaires ou des sujets ?

par Marie-Gabrielle Miossec