« Il y a une bonne nouvelle : on sait maintenant concevoir des parcs photovoltaïques permettant une vraie activité agricole. Avant, on installait des centrales et on mettait parfois des moutons pour entretenir le site. Aujourd’hui, de nombreux projets intègrent l’usage agricole dès le stade de la conception. Cette recherche de synergies entre les deux activités est de l’agrivoltaïsme.

On ne se contente plus d’installer des abreuvoirs : le design du parc s’adapte à l’activité agricole. La largeur des interrangs permet la récolte de fourrages et la réalisation de sursemis, la hauteur sous panneaux facilite le passage des animaux et des machines… On lève peu à peu les obstacles à l’activité agricole et on envisage de nouveaux systèmes, par exemple avec des cultures annuelles.

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Rendements préservés

Dans les prairies équipées de panneaux assez hauts, les animaux peuvent pâturer toute la surface. Dans le cas de cultures annuelles ou de fourrages récoltés, selon le design du parc et le type de pieux, on peut perdre de 10 à 25 % de largeur. Lorsque le parc est conçu pour un usage agricole, on observe le même rendement en herbe que dans des prairies sans photovoltaïque. Il peut même être supérieur : avec des étés secs, l’effet d’ombrage des panneaux peut être bénéfique (2).

En général, la pousse d’herbe est plus faible au printemps, ce qui est compensé durant l’été et l’automne. Le fait de connaître leurs spécificités permet de bien intégrer les parcelles équipées de panneaux dans le planning de pâturage et de fauche. En auditant différents sites, nous avons vu que certains éleveurs ne font pâturer les parcs photovoltaïques que quelques semaines par an, tandis que d’autres les utilisent à l’année.

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Retombées économiques

Le photovoltaïque se combine aussi à l’arboriculture et la vigne. Dans ces systèmes, les panneaux et le système de pilotage sont conçus pour offrir une protection contre les aléas climatiques. Les expérimentations en cours permettront bientôt d’en savoir plus. On commence à avoir des résultats en ce sens. Mais ces surfaces restent limitées à l’échelle nationale : les friches agricoles, les terres labourables et les prairies peuvent représenter un fort potentiel pour l’agrivoltaïsme.

Le choix du site est crucial pour l’intégration paysagère et la consommation de foncier. En agrivoltaïsme, la production énergétique est plus extensive, donc nécessite davantage d’espace qu’en photovoltaïque pur. Faut-il mettre les panneaux sur des friches agricoles plutôt que sur des parcelles exploitées ? Sachant que les friches peuvent être des espaces à haute valeur naturelle, il n’est pas certain que cette option soit gagnante en termes écologique, économique et paysager. On peut monter de bons projets sur des espaces exploités dans une logique de confortation de l’économie agricole du territoire. Il reste à inventer une approche territoriale pour mieux équilibrer les retombées économiques provenant du photovoltaïque. »

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Propos recueillis par Bérengère Lafeuille

(1) Plus d’informations sur solagro.org

(2) Lire « L’herbe pousse sous les panneaux », La France agricole  n° 3936, du 31 décembre 2021, p. 13 (résultats d’une étude de l’Inrae).