« Dès le départ, j’ai été étonnée par le fait que l’agriculture n’est pas toujours perçue comme un secteur économique. Ingénieure de formation, spécialisée dans le développement durable, j’ai d’abord travaillé dans l’industrie. Pour ce secteur, comme pour tous en réalité, l’État finance la recherche et le développement (R & D) sous la forme de crédit d’impôt. Mais pas pour les agriculteurs. Le dispositif est souvent trop complexe. Pourtant, quand ils mènent des expérimentations, ils font bien de la R & D.

Nouvelle source de revenu

Pour soutenir la transition écologique, il est essentiel de commencer par fi­nancer les avancées réalisées par les agri­culteurs eux-mêmes. C’est dans cette optique que nous travaillons actuellement à faire reconnaître le statut de paysan-chercheur, afin que les pionniers qui ont pris tous les risques et sont allés au bout de leur démarche ne soient plus oubliés. Leurs savoirs doivent être diffusés au plus grand nombre. Au sein de l’association Pour une agriculture du vivant, qui réunit tous les acteurs de la filière, nous nous efforçons donc de faire reconnaître et valoriser cette expertise par la mise en place d’une nouvelle source de financement. Avec l’aide de nos avocats spécialistes partenaires et d’agriculteurs pionniers, nous sommes plus précisément en passe de solliciter un rescrit fiscal auprès de l’administration, afin de faire valoir la situation des agriculteurs. C’est en cours. Nous visons son déploiement à compter de 2022.

Évaluer ses progrès

En parallèle, nous avons lancé en mai un outil appelé l’Indice de régénération construit, pour évaluer les systèmes de production en grandes cultures, cul­tures légumières et arboriculture. Suivant plusieurs axes, comme la couverture du sol ou la diversification des cultures, l’agriculteur établit en moins de deux heures son score agroécolo­gique, de 0 à 100. Attention, l’agro­écologie n’est pas un label, encore moins du marketing ou même une liste de pratiques. Chaque exploitation agricole est spécifique. Cet outil, disponible en open source, vise à accompagner les agriculteurs dans une trajectoire de progrès et à évaluer ses résultats pour les valoriser dans les filières ou auprès de financeurs. L’association accélère un mouvement initié par les agriculteurs. La prise de conscience agroécologique provient bien d’eux. Aujourd’hui, les acteurs de l’aval veulent dépasser ce stade des paysans pionniers et faire qu’une majorité accède à la démarche. Le rôle de l’association consiste à fédérer et créer un langage commun, à travers notamment la mise en place de cet outil. Il démarre fort : en trois semaines, nous avons dénombré 600 simulations.

L’élevage bientôt doté

Nous travaillons désormais à adapter l’Indice de régénération à la viticulture – il est sur le point d’être terminé –, au maraîchage ainsi qu’à l’élevage. Ce dernier est prévu pour le premier trimestre 2022. Toute cette émulation est très riche, elle témoigne de la volonté d’une majorité de se réconcilier avec le vivant. Et les outils démontrent que c’est tout, sauf de la philosophie. »

Propos recueillis par Rosanne Aries