« L’objectif est de produire du blé à faible teneur en asparagine. Cet acide aminé se transforme lors de la cuisson en acrylamide, un composé considéré comme probablement cancérigène pour l’homme.

Depuis sa découverte en 2002, l’acrylamide est un problème majeur pour l’industrie alimentaire. Si le pain en contient un peu, le taux augmente fortement lorsqu’il est grillé. On en retrouve également dans les produits à base de pomme de terre (frites, chips), patate douce et café, lors de leur cuisson à plus de 120 °C, par une réaction qui donne au produit sa couleur, sa saveur et ses arômes. Plus le toast est foncé, plus la concentration en acrylamide est susceptible d’être élevée.

L’industrie alimentaire a développé de nombreuses méthodes afin de réduire l’acrylamide, en modifiant la transformation, qui ont fonctionné jusqu’à un certain point, avant d’atteindre un plateau. Elles sont, par ailleurs, onéreuses, pas applicables à tous les types d’aliments, et elles peuvent détériorer la qualité du produit.

Sécuriser le consommateur

Nous pensons que ce taux peut être réduit avec une approche génétique, sans compromettre la qualité du grain de blé. En laboratoire, nous avons eu recours à la technique Crispr-Cas9 qui permet de cibler une mutation sur un gène spécifique. À la fin du processus, nous obtenons une plante qui ne contient pas d’ADN étranger. Ce n’est pas un OGM, même si dans sa définition, l’Union européenne le considère comme tel.

Sous serre, ces plantes présentent une teneur faible en asparagine. Reste à savoir comment elles se comportent au champ, et si cette teneur continue d’être faible dans les grains produits. Nous avons, donc, obtenu du ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales l’autorisation de faire des essais sur le terrain à l’automne.

La commercialisation de ces variétés est encore une autre étape. Cette décision revient, pour l’instant, à la Commission européenne, mais nous nous attendons à ce que les choses changent avec le Brexit. Nous verrons peut-être progressivement une divergence entre les lois britannique et européenne sur la modification génétique des plantes.

L’Europe prend du retard

L’Europe devra reconnaître que la révolution génétique s’est produite, depuis vingt-cinq ans. Combien de temps peut-on continuer à dire qu’il peut y avoir un risque associé à cette technologie que nous utilisons en toute sécurité depuis vingt-cinq ans ? Combien de retard faudra-t-il prendre ? Les États-Unis développent des pommes de terre génétiquement modifiées qui produisent peu d’acrylamide. Les Européens devraient avoir le choix de les consommer, qu’ils soient dans les rayons, étiquetés « génétiquement modifiés à faible teneur en acrylamide ». En parallèle, nous importons en Europe des millions de tonnes de soja OGM, pour l’alimentation animale. Si ce n’était pas sûr, pourquoi permettre de les faire entrer dans la chaîne alimentaire ? Les agriculteurs emploient ces produits, qui pourraient être fournis par des exploitants européens. Ils doivent rivaliser avec une technologie à laquelle ils n’ont pas accès. »

Propos recueillis par Justine Papin

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