Le courant vegan serait-il le témoin et même l’étape ultime de la fin de l’Europe ? Analysant la place de l’UE dans le monde, certains concluent que celle-ci ne compte pas, parce que « l’Europe est un herbivore dans un monde de carnivores ».

Les sociétés qui ne mâchent pas perdent leur mordant et, pour finir, perdent leur appétit. Les États qui comptent, les États prédateurs, montrent les dents. Les espèces qui montrent les dents sont des carnivores. Les autres se cachent ou s’enfuient. Et si ce ne sont pas les États, ce sont les hommes qui les représentent.

La Russie ne serait pas la Russie sans Poutine. La Turquie ne serait pas la nouvelle grande puissance régionale sans Erdogan, qualifié de sultan quand il se rend dans les Balkans, en souvenir de l’empire ottoman. On peut penser ce que l’on veut de l’ancien président américain, mais il fut le premier à oser affronter la puissance chinoise.

Vis-à-vis de la Chine, l’Europe marche sur des œufs. Les intérêts des États sont divergents. Quand l’Europe montre ses dents, elles sont hélas un peu cariées. Elle serait trop diverse, trop complexée par son passé, trop absorbée par les minorités, quelles qu’elles soient, trop encombrée de procédures pour compter. Depuis le début, l’Europe, si active pour organiser des pans entiers de la société – les règles de la Pac en sont l’illustration –, est absente en cas de crise internationale.

Le concept d’Europe puissance, revendiqué par la France, n’a aucun sens pour la plupart des pays européens. L’Union n’a pas de leader et ne peut en avoir. Elle ne peut être personnifiée. Par qui ? Par un Allemand ? Par le Président français ? Par un Luxembourgeois, pour ne fâcher personne ? L’Europe est condamnée à végéter. Démocratiquement, paisiblement, certes, mais dans une certaine torpeur.

La crise de la Covid a pourtant permis des avancées inespérées, avec un plan de relance massif et financé collectivement. Faudra-t-il alors des Covid à répétition, des mutants mortifères pour que l’Europe se réveille ?

par Nicolas-Jean Brehon