« Le grand public a une vision très étroite des lycées agricoles. On les considère essentiellement comme des lieux de formation. Mais ces établissements font bien d’autres choses.

Ce sont des lieux d’interface entre l’espace de formation et la population locale. D’une part, parce que la fondation de ces lycées est souvent issue d’initiatives­ locales : un groupe d’agriculteurs qui décident de former sur le territoire la génération d’après. D’autre part, les lois Rocard, dans les années 1980, ont complété les missions données à ces établissements. Le code rural les définit simplement, il y a bien sûr l’enseignement mais aussi quatre autres missions, dont celle de “contribuer à la dynamique et à la dynamisation des territoires­”.

Service à la population

La plupart de nos établissements agricoles ont des exploitations annexées. Si l’établissement propose aussi des activités de transformation ou un cursus technico-commercial, c’est toute une filière qui se dégage à travers un magasin d’exploitation, qui est souvent l’unique épicerie du village. Les lycées agricoles ont aussi une mission de service à la personne. Beaucoup de nos établissements ont des crèches associées qui sont des lieux de pratiques professionnelles pour les jeunes et permettent aux familles d’avoir une crèche de proximité.

Le lycée agricole devient une interface, un lieu d’application des pratiques professionnelles pour le jeune en formation et qui se place en même temps au service de la population locale. On créé ainsi du lien dans des zones où les points de contact possibles sont de moins en moins évidents.

Au premier confinement, les épiceries et les crèches ont été fermées. Les gens se sont rendu compte du manque. D’une certaine manière, “grâce” au confinement, certains métiers comme celui des agriculteurs ou des aides-soignants, mal reconnus, ont été considérés comme essentiels. La crise a permis de voir quels étaient les services réellement indispensables : ceux qui sont toujours là et qu’on finit par ne plus voir. Il s’agit d’une évolution du regard sociologique très importante, une considération.

Revitaliser le territoire

Pour les élus ou des représentants du monde professionnel, cette notion d’être acteur de son territoire est assez nouvelle. Le travail que nous faisons est d’éclairer, avec de multiples exemples, les actions qui peuvent être menées.

Malheureusement, il y a encore beaucoup de silotage entre les ministères. Par exemple, sur la dynamique des territoires, il y a peu d’échanges entre le ministère de l’Agriculture, dont nous dépendons, et celui de la Cohésion des territoires. Mais nous allons cheminer ensemble dès le premier semestre 2021. Nous pouvons tout à fait intégrer les établissements d’enseignement agricole dans les plans que le ministère de la Cohésion des territoires tente de mettre en place pour éviter la désertification des services en zone rurale.

À leur échelle, les lycées agricoles participent modestement à la revitalisation du territoire national pour éviter des déserts entre grandes métropoles. »

Propos recueillis par Alessandra Gambarini