En journalisme, cela s’appelle un marronnier : un article qui revient périodiquement sur un thème rebattu. Le marronnier de ce printemps est la fraude aux aides de la Pac en Corse. Car, s’il y a les marrons de l’Ardèche, les marronniers, eux, prospèrent apparemment dans l’île de Beauté. Je ne rentre pas dans les détails. C’est toujours le même scénario, faux troupeaux et vraies subventions.

Il se trouve que je me suis occupé de fraude fiscale. Mon expérience est terrible. Un grand nombre de contribuables de tous les milieux et tous les secteurs échappent à l’impôt. Encaissent la TVA sans la reverser, ont des revenus sans les déclarer, s’assoient sur tous les rappels et redressements de l’administration fiscale, créent des sociétés fugaces en attendant la liquidation judiciaire qui les rend insolvables, quand ce ne sont pas des gérants qui, après s’être enrichis, retournent dans leur pays d’origine. Comment font-ils ? Ils osent. Qui ose vaincra. Surtout face à une Administration qui ne tient plus que sur les apparences d’un pouvoir qu’elle n’a plus.

Cette semaine, dans le train de Caen, un couple. Contrôle. Pas de billet, pas d’argent, pas de papiers. Que fait le contrôleur ? Il fait remplir un formulaire dans lequel le contrevenant écrit son nom et ses coordonnées à Nairobi. Et le contrôleur repart, le travail accompli. N’est-ce pas formidable ? Lorsque j’ai oublié ma carte d’identité pour justifier ma carte Senior, cela m’a coûté 50 euros d’amende. Et le jour où je n’ai pas présenté de billet – pour voir –, cinq policiers m’attendaient sur le quai. Mais là, rien. Rien.

Loin de moi l’idée de défendre les fraudeurs corses, car ils jettent l’opprobre sur une profession, y compris leurs collègues de l’île de Beauté. Mais dans cette France qui se délite, ces contrôles agricoles, ces deux poids deux mesures sont insupportables. L’appareil d’État, régulièrement bafoué, n’exerce plus son autorité que sur ceux qui, sans organisation et sans médias, respectent encore les signes apparents du pouvoir. Mais ce n’est plus qu’un théâtre.

par Nicolas-Jean Brehon