Michel Meuret Institut national de la recherche agronomique

Chercheur à l’Inra, spécialisé en pastoralisme, je reviens d’un mois en Australie. Chez des éleveurs ovins avec agneaux, j’ai été convié à placer des Foxlights autour des reposoirs nocturnes. Ces lampes clignotantes, conçues là-bas, sont aujourd’hui promues en France et en Suisse pour éloigner les loups. J’ai donc posé la question de leur efficacité. La réponse a été : « Ça marche plutôt bien ». « Pour les dingos ? », ai-je demandé (en Australie, les dingos, les chiens ensauvagés et leurs hybrides sont l’équivalent des loups). Je n’ai obtenu que des éclats de rires, l’un des éleveurs me précisant : « Comme leur nom l’indique, les Foxlights sont pour les renards (fox), elles n’ont pas d’utilité avec les dingos ! »

Quelques jours plus tard, j’ai rencontré Greg Mifsud (1), l’expert national du Plan de gestion des dingos et chiens ensauvagés. Nous avons parlé des éleveurs français confrontés aux loups, et je lui ai reposé ma question au sujet des Foxlights. « Je ne dispose d’aucun témoignage qui pourrait suggérer que les Foxlights seraient utiles pour les loups en France, m’a-t-il répondu. Elles ne sont en réalité pas très utilisées ici, ni pour les dingos, ni même pour les renards. Elles sont considérées comme un outil qui ne produirait que des effets à court terme, avant que le prédateur s’habitue et les ignore complètement. J’ai discuté avec des chercheurs réputés, engagés en Australie dans des travaux sur l’écologie et la gestion des dingos et chiens ensauvagés (programme « Invasive Animals CRC »), et tous arrivent à la même conclusion. Je serais donc très réservé quant à la promotion des Foxlights auprès des éleveurs français cherchant à protéger leur bétail contre les loups, étant donné la quantité de travaux sur les techniques de dissuasion visuelle d’autres espèces. Tous démontrent qu’elles ne provoquent que des changements de comportement limités et à court terme, surtout si les lieux à équiper sont situés non loin d’endroits habités, maisons, routes et chemins, et que les loups sont déjà familiarisés avec la lumière et d’autres perturbations d’origine humaine. »

Ce témoignage de première main nous confirme que les équipements visuels ou sonores ayant pour objectif de tenir les loups à distance doivent être associés de façon explicite à un réel danger pour eux et pour leur progéniture. Sinon, passé l’effet de surprise, et après avoir constaté qu’il n’y a, en fait, aucune conséquence, ils n’en tiennent pas compte. Rappelons que les loups sont très intelligents, observateurs et particulièrement adaptables. Signalons aussi qu’en Australie, les éleveurs sont généralement armés et entraînés à contrôler les prédateurs : tirs au fusil depuis le sol ou l’hélicoptère, pièges et poisons autorisés. Malgré cela, les pertes, dues à la prédation, des agneaux et des veaux australiens par les canidés sauvages sont estimées entre 45 et 50 millions d’euros par an.

(1) Greg Mifsud. National Wild Dog Facilitator. 203 Tor St, PO Box2, Toowoomba, Qld 4352, Australia. http://www.pestsmart.org.au/pest-animal-species/wild-dog