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« Les extrémistes végans mettent à mal l’amour du travail bien fait »

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L’invité - « Les extrémistes végans mettent à mal l’amour du travail bien fait »
Fabrice Éboué, réalisateur, humoriste et acteur français. © Cédric Faimali/GFA

Dans sa dernière comédie, Fabrice Éboué écorche les végans. L’humoriste pointe leurs actes et cette époque qui malmène « cet amour du travail bien fait », partagé notamment par les bouchers et les agriculteurs.

Pourquoi avoir réalisé Barbaque ?

C’est une comédie sur une époque. Le personnage que je joue exerce depuis vingt-cinq ans le métier de boucher de quartier. Un métier de proximité, artisanal, noble. Or, du jour au lendemain, des végans viennent lui dire qu’il doit tout cesser, et qu’il est un criminel. C’est très violent.

Ça fait écho à ce que vivent les éleveurs, qui tous les matins se lèvent tôt, soignent, nourrissent leurs animaux, et s’entendent traiter d’assassins. Avec Barbaque, j’ai d’abord voulu montrer l’amour du travail bien fait. Mon personnage aime travailler la viande et il ne comprend pas de quoi on l’accuse.

Barbaque met en scène Vincent (Fabrice Éboué), un boucher « fou de son métier », sa femme Sophie (Marina Foïs), et des antispécistes pour qui « le fromage est un crime contre l’humanité ». © Cinéfrance

Vous évoquez les éleveurs, avez-vous un lien privilégié au monde agricole ?

Je suis moitié Normand, moitié Camerounais. Ma mère est originaire du pays d’Auge en Normandie, ma maison est encore là-bas. Ce n’est pas Deauville, c’est l’arrière-pays. Depuis que je suis petit, je me rends dans cet environnement très rural. J’adore y séjourner et je suis le premier à aller voir les producteurs du coin, pour le calva notamment. C’est quelque chose qui me parle.

J’ai une grande curiosité vis-à-vis du terroir, j’aime la bonne viande, les bonnes tables, la bonne chère. Ce film n’est pas anodin pour moi. La personne avec qui je l’ai écrit s’appelle Vincent Solignac. Il tient un bar à vin, à Paris, face aux Folies bergères, les Sardignac. Nous nous sommes rencontrés sur un film précédent et nous nous sommes surtout retrouvés autour de notre amour des bonnes tables. Barbaque n’est pas un hasard.

« Marina Fois a tout de suite accepté le rôle, quand d’autres n’ont pas voulu s’engager. »

Dans votre film, vous épinglez aussi un boucher qui ne jure que par ses marges et son profit. Pourquoi ?

Au-delà des végans, ce qui me tenait à cœur dans ce film était de mettre en scène un boucher industriel, obsédé par ses ventes. À travers lui, j’avais envie de parler de l’équilibre entre « je ne mange pas du tout viande et j’en mange tous les jours ». Un juste milieu est à trouver entre ces deux extrêmes.

J’ai aussi conscience que ce type de boucher permet à une partie de la population, en difficultés, de continuer à manger de la viande. Je gagne bien ma vie et j’ai la chance de pouvoir me fournir dans de bonnes boucheries, en viandes de qualité, dont je connais l’origine. Quand nous en avons les moyens, j’estime que c’est un devoir de s’en préoccuper.

Concernant les végans, ne craigniez-vous pas de recevoir les mêmes messages de haine dont sont victimes les agriculteurs ?

Non, mais il est certain qu’il existera toujours une tranche de personnes incapables d’avoir du recul sur elles, et de sortir de leur militantisme basique. Mon film relève de la caricature. Et la caricature n’appelle à aucune violence, elle appelle à rire !

Avez-vous rencontré des difficultés à financer votre film ?

J’ai eu la chance d’en faire d’autres avant qui ont bien marché. On est mieux reçu dans ce cas. Je suis aussi arrivé avec un bon casting, Marina Fois notamment, cela facilite les démarches. Nous vivons une période difficile pour le cinéma depuis la crise de la Covid. Celle-ci a accéléré la consommation à domicile et le déploiement des plateformes.

Si nous n’essayons pas nous, cinéastes français, de nous distinguer avec des projets singuliers, nous allons devoir nous reconvertir. C’est la même chose qu’en agriculture. Nous faisons face à une offre mondiale, qui souvent paraît écrasante pour les petites productions nationales. Il est donc fondamental de se démarquer et de le faire en proposant toujours plus de qualité. Au cinéma, comme dans les boucheries !

Propos recueillis par Rosanne Aries

En raison de scènes « sanglantes », le film est interdit au moins de 12 ans.

Bio express

7 juin 1977 : naissance à Maisons-Alfort (Val-de-Marne)

2000 : repéré par Jamel Debbouze

2010 : premier one man show

2011 : premier film, Case départ

27 octobre 2021 : sortie de son 4e long métrage, Barbaque

La viande qui divise

« Marina Fois a tout de suite accepté le rôle », indique Fabrice Éboué. Ce qui ne fut pas le cas d’autres actrices. « Sur un premier scénario, j’en avais cherché, mais beaucoup, végétariennes, végétaliennes ou qui se disent écoresponsables, ont refusé. C’est intéressant car mon film est plutôt positif. J’y montre l’équilibre à trouver entre ne pas manger du tout de viande et en consommer au quotidien. C’est un message basique. Si la lecture est juste, on n’a pas de souci pour s’engager. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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