La prestigieuse école des Hautes Études commerciales (HEC), éternelle première des écoles de commerce françaises et parmi les meilleures « business schools » internationales, vient de proposer une double formation originale. L’école offrait déjà des doubles formations, HEC et école normale, HEC et Polytechnique (pour ceux qui ne sont pas familiers avec cet univers, disons que c’est la crème du top des études) mais là, elle ose le grand écart : HEC et CAP cuisine. Bon, en vérité, il y aura beaucoup de cours par correspondance avec l’atelier des chefs et par vidéo (pas facile d’apprendre à tourner une courgette à sept faces ou un artichaut par vidéo !), mais tout de même. Il y aura un examen final, en situation, aux fourneaux, avec d’autres candidats formés par d’autres écoles (Ferrandi…).

Le CAP, certificat d’aptitude professionnelle, « le diplôme du peuple » créé en 1911, est un magnifique diplôme d’État qui donne une fierté à celui qui le reçoit et une qualification, autrement dit une compétence professionnelle, une préparation directe à un métier, ce qui n’est pas si fréquent. C’est aussi une récompense pour ceux qui ne se sentent pas à l’aise dans le milieu scolaire. La gamme des formations est très large : coiffure, orfèvrerie, pâtisserie, agriculture…

Beaucoup de grandes écoles prévoient une pause dans le parcours étudiant sous forme de formation à l’étranger ou de stage en entreprise. Une façon de sortir des murs pendant une année. Mais il faut aussi ouvrir les yeux, combler l’écart, le gouffre entre « les élites », comme on dit, et les artisans, ouvriers et tous ceux qui ont un métier manuel. Car apprendre un métier manuel est une façon de connaître les hommes. Et si on allait plus loin en proposant aux technocrates de tous bords qui réforment l’agriculture de compléter leur formation en passant un CAP agricole. Ça leur ferait beaucoup de bien. Flaubert distinguait les poseurs et les poseurs de pierre. On devine où allait sa préférence. La nôtre aussi.

par Nicolas-Jean Bréhon