«Nous sommes en guerre. » La phrase, martiale, a été répétée six fois par le président de la République, le 16 mars dernier. Depuis, les allusions militaires sont légion : la bataille, le front, les héros, les soldats de l’ombre… Une drôle de guerre en vérité.

Oui, une drôle de guerre. Drôle pour dire bizarre, mais sans oublier l’humour. Absolument indispensable en ces temps de tragédie, sanitaire bien sûr, mais bientôt économique et sociale. « L’humour, d’un seul trait, transforme une pesante tragédie en légère euphorie », déclare le neuropsychiatre Boris Cyrulnik. Indispensable. Et de toutes les époques. Dans les tranchées de 14-18, les hommes surmontaient la guerre par l’humour, la moquerie des autres et la dérision sur soi-même. Une pause dans un bois, une bouteille chapardée dans une ferme et l’esprit gaulois y trouvait son compte. « Le sergent qui chansonnait à merveille nous en fit plus d’une sur notre triste sort. Et quand on sait rire de ses misères, elles sont vaincues », note un anonyme du 201e RI.

Le confinement est une occasion en or et les blagues, ainsi que les vidéos circulent. Parfois très drôles. Voici mon best of. En numéro 2 : une fille, avant confinement, se lance sur la plage dans une série de saltos arrière, avant de plonger dans la vague. La même, après confinement et 20 kg de plus, parvient à peine à rouler sur le côté… En numéro 1 : un homme est interrogé sur la crise. Il a le choix entre deux options. La A qui consiste au confinement avec femme et enfants, et la B… « B », tranche le gars, sans savoir ce qui l’attend. Noonnn, tout mais pas le confinement en famille ! L’arrivée des Parisiens dans les champs d’asperges et de fraises pourrait également provoquer quelques rigolades…

Mais jamais on n’atteindra ce summum d’humour noir en 1916. Un poilu croise un camion d’estropiés, amputés des jambes, arrachées par les obus. « Ben alors !, s’exclame-t-il, pourquoi ils ne les renvoient pas au front ceux-là ? Les tranchées seraient moins profondes. »

par Nicolas-Jean Bréhon