On pourrait se dire que c’est une chance de renouveau pour la démocratie d’avoir un président de région qui ne dispose pas de la majorité absolue. Il ne peut réduire au silence les élus minoritaires durant les sept ans de mandat et doit trouver des compromis pour avancer.

Suite aux élections de juin, un seul président de région se retrouve dans cette situation : Loïg Chesnais-Girard, à la tête de la Bretagne. En refusant toute alliance, sauf avec le maire de Langouët, célèbre pour son arrêté d’interdiction des pesticides à moins de 150 m de toute habitation (1), il a affronté 4 listes au deuxième tour. Et n’a obtenu que 40 sièges sur 83. Loïg Chesnais-Girard est donc à nouveau président socialiste de la région dont le modèle agroalimentaire est à la fois le plus développé et le plus violemment contesté. Contestation nourrie par le dossier récurrent des algues vertes.

Ce président, à qui certains reprochent de céder trop aux « oligarques bretons pollueurs », tente de tracer une voie médiane « pour une agriculture pionnière dans les transitions ». Il défend à la fois les circuits courts et l’autonomie alimentaire de la France : ne pas dépendre d’autres pays pour notre nourriture mais aussi réduire nos importations de soja.

Lors de la première session du conseil régional, les élus minoritaires du groupe Les Républicains et de la majorité présidentielle (LREM) ont affirmé qu’ils seraient des minorités exigeantes, pouvant accepter des « compromis mais pas la compromission », allant vers des transitions apaisées mais soutenables de l’agriculture.

Reste le groupe des « écologistes et fédéralistes de Bretagne » qui, avec 20 % des voix et 12 élus, fait un retour en force dans cette assemblée. Dès la deuxième session, il a exigé de « s’engager franchement dans la transition écologique ». La partie n’est pas gagnée pour ceux qui souhaitent emprunter la voie inédite du compromis et faire vivre la démocratie en dehors des périodes d’élection.

(1) Annulé par la justice.

par Marie-Gabrielle Miossec