«Le “pacte vert” européen prévoyant une réduction significative­ de l’utilisation des engrais “chimiques” et des produits de traitement, ainsi qu’un développement important de la culture biologique est perçu très néga­tivement par certains responsables agricoles et par les fournisseurs d’intrants.

Cela n’est pas surprenant, mais les arguments invoqués le sont parfois davantage. Ainsi, dans le numéro du 10 septembre 2021 de La France agricole, Monsieur Besnard prend l’exemple de Cuba pour affirmer que le “bio” ne peut pas nourrir convenablement les populations…

Or, dire que ce pays, où une forme de culture biologique a effectivement été développée, est à cause de cela l’archétype à éviter est tout aussi saugrenu que prétendre qu’il constitue un modèle vertueux à suivre comme le font d’autres personnes.

En effet, il n’est pas nécessaire d’être un expert en géopolitique pour savoir que le cas de Cuba (où les files d’attente de toutes natures font partie du paysage) est complexe, déroutant et peu représentatif.

Alors le “bio” peut-il ou non assurer une sécurité alimentaire ?

Premièrement : personne ne le sait vraiment, mais beaucoup de gens ont une conviction sur la question (ce qui n’est pas la même chose) en fonction de leurs intérêts ou de leurs points de vue.

Deuxièmement : peut-on se faire une idée plus précise (sans certitude) ? Oui, mais sans prétention et en effectuant des calculs basés sur des éléments rigoureux et des hypothèses réalistes.

Cela n’a guère été fait à ce jour, même par une organisation aussi reconnue que la FAO dont les positions sur le sujet sont, pour le moment, plutôt confuses et même contradictoires.

Pour ma part, je m’y suis risqué. Le cheminement adopté est évidemment­ trop compliqué pour être détaillé ici. Le lecteur intéressé­ peut se reporter à la dizième partie de l’ouvrage Traité d’agroécologie (1). Il a abouti au résultat suivant : la culture­ biologique­ généralisée au territoire français métro­politain fournirait­ le régime alimentaire actuel du français “moyen” à environ 50 millions d’habitants.

Les excellents travaux de Philippe Pointereau et de ses collègues (association Solagro­) aboutissant à un résultat étonnamment proche avec un mode de calcul différent.

La surface requise pour produire les aliments d’origine animale de cette ration est considérablement plus élevée que celle nécessaire pour ceux d’origine végétale.

Conclusion : le “bio” pourrait satisfaire les besoins de la population française assez facilement si on réduisait relativement, par ailleurs, la part des produits animaux dans notre alimentation (orientation plutôt favorable à la santé). Les quelques travaux de l’Inrae que je connais aboutissent à la même conclusion.

Quant au point de vue exprimé par certains membres de l’Académie d’agriculture : il ne repose, si mes informations sont exactes, sur aucune démonstration rigoureuse. »

(1) Editions France Agricole.

par Joseph Pousset (Orne)