« La Fondation droit animal, éthique et sciences s’oppose à la maltraitance animale. C’est la raison pour laquelle nous approuvons le référendum d’initiative partagée sur les animaux. En ce qui concerne l’expérimentation animale, on doit la limiter, on ne peut pas l’interdire. La médecine en a besoin, on ne peut pas tester en premier lieu un médicament sur un homme. En revanche, sur les chasses cruelles, j’approuve les mesures défendues, et sur l’élevage, j’estime l’approche juste, avec l’interdiction à terme de l’élevage en cage.

La France d’abord

Améliorer les conditions d’élevage n’est pas une idée récente pour nous. Notre fondation est à l’origine de l’étiquetage des œufs initié en 1984, puis de celui du poulet de chair, en vigueur depuis 2018 pour environ 10 % de la production française. Quand nous avons repris nos travaux en 2017, nous avons compris que Bruxelles ne pouvait plus exercer sa capacité réglementaire pour deux raisons : d’une part, le ras-le-bol général à l’égard des normes européennes et, d’autre part, l’élargissement de l’Europe à de nouveaux pays incapables d’assumer les coûts de nouvelles contraintes.

La France aussi est bloquée, il suffit de voir comme le référendum sur les animaux peine à s’enclencher. Alors plutôt que de nous orienter vers de nouvelles normes, nous avons choisi de continuer à défendre l’idée d’un système d’étiquetage dédié au bien-être animal. Nous travaillons désormais sur les porcs, toujours avec le LIT Ouesterel (1) qui, sous l’égide de l’Inrae, rassemble des distributeurs, des associations réformistes, des industriels et des représentants des filières agricoles. Nous espérons trouver un accord au premier semestre 2021.

L’avenir de l’élevage français n’est pas le premier prix. Nous disposons dans notre pays d’un salaire minimum en­viron cinq fois supérieur à celui de la Roumanie. L’élevage, comme l’abattage, sera toujours moins cher ailleurs qu’en France. L’approche d’un étiquetage européen commun sur le bien-être animal apparaît pertinente. Peut-être arriverons-nous demain à convaincre nos partenaires européens… Mais pour le moment, notre système d’étiquetage se concentre sur l’agriculture française. Il faut toutefois protéger notre agri­culture fermière contre un dumping social et environnemental externe. Même si le prix reste le premier critère du consommateur, celui-ci est sensible au bien-être animal et il faut lui donner les moyens de le faire progresser en payant un surprix.

Viande de luxe

De toutes les façons, en réalité, ils sont peu nombreux en France à ne pas disposer des ressources pour accéder à la viande. La consommation moyenne de viande dans notre pays baisse. Les consommateurs privilégient de plus en plus la qualité à la quantité. On note leur préférence pour la production française de proximité. Au niveau environnemental, la consommation de viande doit augmenter dans les pays pauvres et en développement, elle doit diminuer dans les pays riches. Si tous les pays mangeaient autant de viande que les États-Unis, la planète crèverait.

Propos recueillis par Rosanne Aries et Vincent Guyot

(1) Laboratoire d’innovation territorial
Ouest territoires d’élevage.