« Tous les végétaux sensibles au gel peuvent être protégés par l’aspersion d’eau. Celle-ci libère des calories quand elle passe de l’état liquide à solide, un changement de phase qui a lieu autour de - 0,5 °C. De son côté, le végétal gèle entre - 1 °C et - 1,5 °C. La création de glace compense les pertes par rayonnement et maintient sa température à - 0,5 °C.

Résister jusqu’à - 7 °C

En avril, nous avons connu une importante descente froide du pôle Nord. Les températures ont baissé très rapidement en début de nuit, entraînant celle des végétaux en dessous du seuil de gel. Pour les protéger, l’idéal était alors de prévoir une aspersion sur frondaisons, parfois dès 22 h 30 et jusqu’à 11 h le lendemain, ce qui nécessitait de mobiliser 40 m3/ha d’eau par heure, voire 50 m3 s’il y avait du vent.

Cette solution suppose de disposer d’un équipement d’irrigation classique, avec pompe, système de filtration et rampes d’aspersion passant au-dessus des filets paragrêle. Les asperseurs doivent être sans batteur à l’arrière, car ils peuvent geler et bloquer le mouvement. L’investissement est de 8 000 à 14 000 €/ha, mais ensuite, en cas de gel, il suffit d’appuyer sur un bouton pour tout mettre en marche. Pas besoin de main-d’œuvre en pleine nuit, sauf pour vérifier que ça fonctionne. Les arboriculteurs qui ont bien utilisé cette technique ont tenu jusqu’à - 7 °C, sur les sites abrités du vent.

Une solution écologique

Cette solution ne fait pas appel aux énergies fossiles, comme les bougies, qui produisent une chaleur qui monte et s’évacue très vite. L’aspersion repose sur l’électricité, moins polluante, et sollicite une utilisation de l’eau à une période où l’on rencontre rarement de problèmes de débit dans les rivières. De plus, 80 % du volume utilisé repart vers les nappes phréatiques, et le reste rejoint les cours d’eau par ruissellement lorsque les sols sont saturés. Le seul inconvénient pourrait être l’asphyxie racinaire, notamment pour les abricotiers et les pêchers sur sols argileux. En revanche, sur sol filtrant ou pour les vergers en coteaux, il n’y a aucun problème. En termes de coût de fonctionnement, l’aspersion se monte à 300 €/ha par nuit d’intervention, tandis que les bougies antigel reviennent à 3 000 à 4 000 €/ha, sans compter la main-d’œuvre pour les installer. Aujourd’hui, 10 % des vergers peuvent être protégés par les installations d’irrigation. Si l’on doublait le nombre de pompes, on pourrait sauver plus de 20 % des productions.

L’été aussi

L’aspersion est aussi une bonne solution pour ne pas laisser “brûler” les vergers l’été. Dans la vallée de la Garonne, les producteurs de kiwis l’utilisent depuis toujours. Dès que la chaleur atteint 33 °C, l’aspersion de la frondaison pendant 15 à 30 minutes, toutes les 45 minutes, maintient la température en dessous de 32 °C. Cela protège les fruits, mais aussi les feuilles, sensibles à l’ozone, qui se trouent car elles sont attaquées par des champignons. Il faut déculpabiliser les arboriculteurs et les laisser utiliser l’eau, notamment celle récupérée des pluies, qui permettrait de sauver les récoltes. Asperger 4 millimètres par heure équivaut à une pluie. Au bout de dix heures, c’est comme un bel orage. Il n’y a pas de conséquences négatives par la suite. »

Propos recueillis par Florence Jacquemoud