« Sur la question de la disparition des insectes, le message est généralement que l’agriculture est fautive, plus précisément les pesticides et, évidemment, les néonicotinoïdes. C’est certain, lorsque l’on emploie ce type de produit, c’est pour tuer les insectes. Leur utilisation doit être faite avec précaution. Toutefois, on va dans le sens d’une amélioration avec des produits ayant un spectre d’activité plus réduit qu’avant (organochlorés interdits, par exemple) et plus sélectifs.

Remettre des fleurs

Pour revenir au rôle de l’agriculture, ce que je défends c’est que, certes, il s’agit d’une partie du problème mais aussi de la solution. Car dès que des zones fleuries (bandes fleuries, haies florifères…) sont remises dans l’environnement, on assiste au retour des populations d’insectes et d’oiseaux. Nous l’avions notamment observé dans la Beauce, lorsque je travaillais chez Syngenta.

Ce qui a notamment fondamentalement changé dans le paysage français, c’est la perte de prairies permanentes depuis les années soixante-dix : comparé à aujourd’hui, plus de 4 millions d’hectares ont disparu. Il s’agissait pourtant de lieux extrêmement favorables au développement des insectes et qui ont été remplacés par des prairies temporaires, voire des grandes cultures. Or dans les grandes plaines céréalières, on ne voit pas tellement d’amélioration majeure en ce qui concerne les fleurs disponibles.

Et même s’il n’est pas toujours simple de mettre des haies en place par exemple, des efforts pourraient être faits. Comme avec des haies dites « beauceronnes » (mesurant 1,5 m de hauteur et composées de plantes riches en fleurs de type aubépine, prunellier, etc.) qui permettent de restaurer une bonne partie des populations d’insectes et, par là même, d’oiseaux.

La pollution lumineuse

Avec pour principale cause le manque de bol alimentaire, on connaît donc une des solutions. En revanche, le citoyen lambda a aussi une part importante de responsabilité dans cette disparition, entre autres en voulant de la lumière la nuit. Il est facile de constater qu’il y a des tas d’insectes qui s’épuisent autour des lampadaires. Ainsi, la hausse de la pollution lumineuse en Europe de l’Ouest explique une bonne part de la perte de biodiversité en insectes. D’après moi, son rôle est d’ailleurs infiniment plus important que celui des néonicotinoïdes dans cette disparition.

Quant aux fameux pare-brise de voitures auparavant remplis d’insectes, qu’il fallait sans cesse nettoyer, et qui sont désormais propres, j’analyse ce phénomène par l’amélioration de l’aérodynamisme des véhicules, qui génère moins d’impacts. Par ailleurs, si l’on compte 40 millions de voitures en circulation en France, tous ceux qui ont nettoyé leur pare-brise ont aussi contribué à la réduction du nombre d’insectes.

Dernier point sur lequel les citoyens devraient s’interroger : l’artificialisation des sols (en 2016, elle était de 19 m² par seconde), qui est aussi un facteur important de réduction des populations. »

Propos recueillis par Céline Fricotté

(1) Auteur de Insecticides, insectifuges ? Enjeux du XXIe siècle.