En judo et en moto, vous avez multiplié les succès durant votre carrière sportive de haut niveau, à la fois en tant que joueur et entraîneur. Est-ce dans la ferme de vos parents, à Lugan dans l’Aveyron, que vous avez acquis ces aptitudes de champion ?

Vous ne croyez pas si bien dire ! Le poulailler m’a longtemps servi de salle de musculation. Mon programme d’entraînement est d’ailleurs toujours affiché au mur. À partir de toutes les ferrailles que je trouvais à la ferme, je me fabriquais des appareils pour réaliser mes exercices. J’avais aussi organisé un parcours avec divers obstacles dans un des champs de mes parents. À l’époque, je trouvais ça parfois difficile, disons un peu rustique. J’avais entre 10 et 14 ans. Je rêvais probablement de m’entraîner sur de vrais appareils. Aujourd’hui, je mesure tout ce que cela m’a apporté.

Est-ce vos parents qui vous ont poussé à faire du sport ?

Mon père a été pompier de Paris pendant trois ans, durant son service militaire. Il avait certainement un potentiel sportif. Mais, en réalité, aucun des deux ne m’a jamais poussé à faire quoi que ce soit. Si ce n’est à reprendre la ferme (rire). Et pour être honnête, j’ai souvent culpabilisé à m’entraîner alors que mes parents et mon frère aîné, Pascal, trimaient dans les champs. Mais j’étais bien trop attiré par le sport. Je fus parmi les premiers à courir, sans objectif géographique, dans le village. Ça paraît fou aujourd’hui. Puis, j’ai commencé le judo, parce qu’un club existait à côté de chez nous. Le choix était restreint.

C’est par ailleurs à la ferme que j’ai pris goût à la mécanique. J’ai d’abord appris à conduire sur un tracteur.

De là à devenir champion d’Europe de judo et champion de France de vitesse moto en 1992… Quel est votre secret ?

Mes parents et l’agriculture m’ont apporté l’essentiel. Dès mon plus jeune âge, j’ai baigné dans un environnement très physique. Le boulot à la ferme m’a apporté rigueur et engagement dans mon travail. Il m’a aussi permis d’acquérir la capacité propre aux agriculteurs, de résoudre les problèmes. Il n’existe pas de profession plus transversale en termes de compétences, d’autant plus quand on naît, comme moi, dans une ferme modeste. On apprend à optimiser. Un problème, une solution. Cela forge le mental.

En 2018, vous avez créé la société Sport Management System pour rapprocher le sport de l’entreprise, mais aussi en faire un outil de réinsertion, ainsi que de recrutement. De quoi s’agit-il ?

Avec mon équipe, nous avons en effet développé plusieurs concepts. Et vous en oubliez un : à travers le sport, nous valorisons l’agriculture auprès des citadins. L’idée est toujours de rapprocher les mondes qui s’ignorent et d’apprendre tout en s’amusant. Pour l’agriculture, nous organisons par exemple des circuits d’entraînement, comme je faisais dans mon champ enfant, à partir de gestes et d’outils propres au monde agricole. Nous allons reproduire ces parcours lors du Salon de l’agriculture pour faire découvrir les métiers de la production. Nous mènerons également une opération autour du don alimentaire (lire ci-dessous). Je suis très fier de revenir à l’agriculture avec ce que m’a appris le sport de haut niveau. C’est un juste retour. Je veux en particulier donner à comprendre qu’apporter du sens à ce que l’on fait rend plus innovant et souvent plus heureux.

Propos recueillis par Rosanne Aries