« Au Royaume-Uni, le secteur de la pêche exporte 70 % de ses produits, tandis que 70 à 80 % des produits de la mer consommés dans le pays sont importés. Face à la chute des débouchés, la vente directe s’est développée, et les Britanniques découvrent les espèces locales qu’ils boudaient auparavant, encouragés par leur gouvernement.

Boom des circuits courts

Cette crise sanitaire aura des conséquences durables pour notre système alimentaire. Parmi les plus évidentes, à l’instar du Royaume-Uni, la relocalisation des chaînes de production est devenue, depuis l’allocution du chef de l’État du 12 mars, une priorité. Emmanuel Macron a annoncé sa volonté de “reprendre le contrôle” de l’alimentation, en dépit des traités internationaux, avec des décisions “prochainement” en ce sens. En attendant, la crise est surtout marquée par l’essor des circuits courts. La grande distribution s’en est fait même le relais, en s’approvisionnant auprès des producteurs, encouragée par le ministère de l’Économie. Pour répondre au risque de nouvelles ruptures, ainsi qu’aux attentes des consommateurs, les enseignes raccourciront probablement leurs chaînes d’approvisionnement.

L’e-commerce alimentaire et la livraison à domicile se sont également développés, plébiscités par les personnes âgées, jusqu’ici réticentes à faire leurs courses en ligne. Certaines enseignes leur en ont facilité le recours avec, par exemple, la livraison gratuite ou collaborative.

Focus sur la viande

La crise a également des effets sur la consommation de viande. Une croissance des ventes est observée aux États-Unis, comme en France. La renationalisation des achats profite aux éleveurs. Mais les investisseurs anticipent déjà une baisse de ces achats, liée au ralentissement économique qui risque d’amputer les budgets des foyers.

Par ailleurs, la viande, déjà cible de critiques, se voit de plus en plus associée à l’épidémie. En Inde, la consommation de volaille a chuté à la suite de rumeurs de risque de contagion par ce biais. Ce nouveau discrédit pourrait accélérer l’essor des substituts à la viande. Aux États-Unis, leurs achats ont augmenté de près de 280 % la semaine du 14 mars. Le même phénomène touche les substituts végétaux au lait. Les Américains se sont aussi rués sur les légumineuses, qu’ils apprennent à cuisiner en période de confinement.

Des stocks à évaluer

Il est difficile d’évaluer les comportements d’après-crise. Pour l’heure, l’épidémie a permis d’accélérer des tendances qui avaient déjà cours. Se maintiendront-elles ? Le contexte économique à venir, qui risque d’être difficile, sera primordial. 65 % des Français estiment déjà que la crise va avoir un impact sur leurs revenus.

Dans tous les cas, cette crise sanitaire est l’occasion de repenser les stratégies, gouvernementales ou d’entreprises. Les critiques sur “la faute logistique de l’État français” concernant les stocks de masques doivent, en effet, faire réfléchir à la question des stocks d’alimentation et de leur acheminement. »

Propos recueillis par Rosanne Aries