« Le marché du bonheur s’étend à la faveur de l’incertitude et de la désespérance. Le bonheur paraît une injonction, comme celle d’acheter le dernier smartphone. Il faudrait toujours penser positivement, se centrer sur son bien-être. Je préfère cultiver la voie du sens de la vie, aider chacun à découvrir ce qu’il sait par sa propre expérience, et ce qu’il veut vraiment.

L’agriculture a vécu une modernisation rapide, puissamment encadrée, avec la Pac comme une forme de garantie. Et soudain, le système de régulation disparaît, la société soulève de nouveaux enjeux climatiques, reproche à l’agriculture des nuisances supposées ou réelles. Tout devient incertain pour les agriculteurs, avec des faillites et dans les cas extrêmes, le suicide.

L’autonomie, une valeur sûre

Les quelques clefs que je propose visent à les guider pour qu’ils retrouvent du sens et de la fierté dans leur métier. Cette démarche, éventuellement accompagnée par un conseiller, est individuelle, mais peut être aussi collective. Cependant, autrui ne peut pas discuter vos propres besoins. Quelles sont les valeurs de celui qui s’interroge, ses ambitions, indépendamment de ce que font ses parents, ses voisins, de ce qu’exige le banquier ? L’autonomie est une valeur majeure dans cette quête de sens. Elle suppose d’être conscient de soi et de son environnement, d’être spontané et proche des autres. Que chacun suive son chemin vers l’autonomie permettra, paradoxalement, au groupe familial ou professionnel de fonctionner de façon plus harmonieuse, avec moins de ressentiments.

Il faut accepter de faire autrement, voire mieux que ses parents. L’estime de soi passe par la confiance en soi. Cette dernière se développe par la réussite : technique certes, mais plus encore réussite humaine (grandir vers l’autonomie).

S’accorder le droit de réussir différemment

Le droit de réussir autrement est souvent contrarié par la pression du milieu, qui voudrait que tout continue comme avant. Mais s’en affranchir est nécessaire. Avoir de l’estime pour soi aide à franchir cette étape. La modestie reste une vertu qui n’exclut pas une juste conscience de ce que l’on vaut.

Tracer son chemin, cela signifie aussi regarder autour de soi, en soi, voir ce que l’on apprécie, ce que l’on est prêt à faire. Et de repérer avec qui on pourra développer une coopération. À un moment, il faut être clair avec son (ses) associé(s), exprimer ses besoins et que l’autre l’entende. Mais il faut la réciproque : entendre les besoins de l’autre, car ses enjeux ne sont pas les vôtres. Le but reste de parvenir en débattant – et non en se battant – à un accord.

20 % des actions génèrent 80 % du revenu

Ne nous laissons pas dicter notre emploi du temps. N’oublions pas que 20 % de nos actions génèrent 80 % de notre revenu. Concentrons-nous sur celles-là. Imposons des rendez-vous, pour ne pas être distrait à tout bout de champ. La régularité dans le travail de bureau, le rangement des outils, la prévention des pannes, l’attention à la sécurité de chacun, à la santé, la rationalisation des bâtiments et des déplacements sont autant de temps gagné sur l’agitation inutile. »

Propos recueillis parM.-G. Miossec

(1) 10 clés pour vivre heureux à la ferme (et ailleurs). Éditions France agricole.