« Les coronavirus (CoV) qui sévissent depuis longtemps chez les animaux sont bien connus du monde vétérinaire. Leur origine animale a été largement mise en évidence, et la chauve-souris, puissant vecteur d’agents pathogènes, en est une candidate idéale. Lors des précédents épisodes de coronavirus – le Sars-CoV-1 (à l’origine du Sras en 2003 en Asie) ou le Mers-CoV-1 (entraînant le syndrome respiratoire du Moyen-Orient en 2012) – le chiroptère avait déjà été identifié comme responsable. Mais un passage direct à l’homme est très rare. Pour que le virus s’adapte, il doit subir une mutation en transitant vers un hôte intermédiaire. Il serait particulièrement intéressant d’investir dans la recherche au sujet de ce fameux franchissement de barrières inter-espèces, en cartographiant les régions et les espèces animales à risque zoonotique.

Habitudes culturales

Plusieurs facteurs concourent à l’émergence de maladies infectieuses, dont 75 % sont des zoonoses, transmissibles entre l’animal et l’homme. Parmi eux figure l’utilisation d’animaux sauvages pour l’alimentation ou pour des préparations médicinales, une pratique largement répandue en Asie et en Afrique. Bien que des sanctions aient été appliquées, la mise en œuvre effective de contrôles reste complexe face aux habitudes culturales ancrées et aux nombreux actes illégaux. La proximité entre animaux domestiques et faune sauvage est également susceptible de causer l’adaptation ou la mutation d’agents pathogènes à l’homme. Tout comme la modification des écosystèmes. Un exemple emblématique : la déforestation en Malaisie en 1999 avait entraîné le déplacement de chauves-souris frugivores vers des élevages implantés dans leur zone d’habitat. Le porc avait alors fait office d’hôte intermédiaire lors de l’infection au virus Nipah.

Renouer le lien entre médecins
et vétérinaires

La croissance démographique, l’augmentation du trafic international, les transformations des habitudes alimentaires, les évolutions des systèmes de production et le changement climatique sont autant d’autres facteurs de risque à considérer.

Par le passé, nous avons connu de nombreuses maladies émergentes à caractère pandémique d’origine animale. D’ailleurs, à la suite de la crise H5N1 en 2005, est né le concept One Health. Développé par les organisations internationales –OMS (2) , FAO (3), OIE –, ce principe d’une seule santé devait permettre une plus grande coopération entre les médecines humaines et vétérinaires. Force est de constater que les résultats ne sont pas opérationnels. La crise du Covid-19 remet en exergue les liens étroits qui existent entre santé animale, santé humaine et santé environnementale, et la nécessité de développer une gouvernance mondiale sur ces maladies émergentes. À l’instar du Giec (4), pourrait être créé un groupe à haut niveau d’experts médicaux et vétérinaires, pour viser une meilleure coordination internationale. »

Propos recueillis par Lucie Pouchard

(1) L’Organisation mondiale de la santé animale.

(2) Organisation mondiale de la santé.

(3) Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

(4) Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.